Sauce western

Le premier roman de Dominique Scali est rempli de mille images du Far West souvent vues ailleurs.
Photo: Comstock Le premier roman de Dominique Scali est rempli de mille images du Far West souvent vues ailleurs.

Un homme aux mains coupées qui se dit prédicateur, brandissant deux moignons cautérisés qui l’empêchent de consigner lui-même tout ce qu’il a vu, vécu ou entendu depuis vingt ans, échoue dans un village perdu de l’Ouest américain. Il ne lui reste plus qu’à refaire en pensée, avec nous comme lecteurs, le trajet qui l’a mené jusqu’à cette impasse.

C’est une sorte d’ovni littéraire que propose Dominique Scali en guise de premier roman. À la recherche de New Babylon est une exploration fine de la topographie du Far West américain de la fin du XIXe siècle et des fantasmes qui y sont depuis toujours rattachés.

L’auteure, née à Montréal en 1984, pose dans ce territoire sans fin des personnages complexes qui zigzaguent comme des âmes en peine à travers le purgatoire. Chacun y est à la recherche de quelque chose : la célébrité, la couleur de l’or, un mari idéal ou une mort précoce.

Tel Charles Teasdale, pyromane célèbre, criminel à la « beauté tragique », recherché sous de multiples noms dans plusieurs États. Un homme sans peur qui se promène avec son pistolet pendu à l’aide d’une sangle autour du cou.

Ou Pearl Guthrie, beauté chaste gavée de romans à l’eau de rose et à la recherche de l’homme idéal, mariée en fraude neuf fois avec un certain Russian Bill — faux Russe mais authentique aristocrate, ou est-ce l’inverse ? Russian Bill qui lui-même, avec les cent morts qu’il disait avoir sur la conscience, rêvait de fonder une ville qui porterait le nom de New Babylon : un oasis ouvert à tous les criminels et aux laissés-pour-compte du grand rêve américain.

Faux homme d’Église, mais véritable écrivain, le Révérend Aaron a fini, lui, par se retrouver à Paria après s’être fait voler sa bible et les carnets dans lesquels il consignait ses pensées et ses observations. En 1881, après avoir suivi d’un peu trop près le Matador, un torero mexicain déchu devenu chasseur de primes, il y dicte désormais ses sermons et ses souvenirs à une Pearl Guthrie revenue de tout.

Personnage énigmatique qui écoute beaucoup et parle peu, le Révérend est le liant, le grand témoin et la conscience derrière toutes ces histoires.

Un nouveau Far West

Quatre personnages bien découpés qui enchaînent les fuites, les mensonges et les villes, petites ou grosses, entre San Francisco, Carson City et Tucson, poursuivis par leurs propres démons autant qu’eux-mêmes les fuient. Des êtres fascinants et un peu fantomatiques qui garderont jusqu’à la fin toute leur aura de mystère.

Sans le moindre doute, À la recherche de New Babylon est un étonnant premier roman. Un roman qui témoigne d’une réelle maîtrise, mais qui n’échappe toutefois pas tout à fait aux clichés liés au Far West, rempli de mille images souvent vues ailleurs. Mais comment faire du western après Cormac McCarthy ? Comment pratiquer le genre sans verser dans l’ironie ?

Dominique Scali y répond à sa manière : en plongeant sous la surface des choses.

À la recherche de New Babylon

Dominique Scali, La Peuplade, Chicoutimi, 2015, 462 pages