Des bios québécoises pour jeunes

René Lévesque
Photo: Télé-Québec René Lévesque

Écrire de bons livres pour les jeunes est un art difficile. Il exige de viser la simplicité en évitant le simplisme et de présenter un contenu substantiel, qui captive, sans tomber dans la surcharge. Les jeunes, souvent, aiment lire, mais sont rarement patients. À l’ère numérique, conserver leur attention est un défi.

Cet exercice devient encore plus difficile si on souhaite aussi instruire ces jeunes lecteurs, qui ne lisent pas par devoir, mais pour le plaisir. La nouvelle collection « Raconte-moi », lancée pour les 9 à 12 ans par les éditions Petit homme, la division jeunesse des éditions de l’Homme, veut relever ce défi en publiant des biographies de personnalités québécoises. Cette saison, quatre titres sont proposés. On peut déjà prévoir que ceux qui sont consacrés à Carey Price et à Marie-Mai seront les plus populaires, à cause de leur sujet.

Journaliste sportif au Journal de Montréal, Jean-François Chaumont connaît bien le gardien de but du Canadien de Montréal. En 2013, pour son journal, il s’est rendu à Anahim Lake, le village d’origine de Price, en Colombie-Britannique, pour réaliser un grand reportage. Joliment écrite, sa petite bio du célèbre athlète ravira les jeunes amateurs de hockey.

L’histoire de Price, en effet, est inspirante. Membre de la nation autochtone ulkatcho, originaire d’un endroit pauvre et éloigné des grands centres, le jeune Price ne pouvait, au fond, que rêver de jouer un jour dans la grande ligue. Or, miracle, il a réussi. Chaumont, en retraçant son parcours, signe peut-être la plus efficace des quatre biographies dont il est ici question. On se serait passé, toutefois, de la phrase de conclusion selon laquelle « il n’y a rien d’impossible quand on y croit réellement ». C’est faux, évidemment. Le rêve américain ne se réalise pas souvent.

Marie-Mai et Elvis

Journaliste people chez Québecor Média, Patrick Delisle-Crevier raconte, pour sa part, l’ascension de la chanteuse Marie-Mai vers les sommets du showbiz québécois. Il nous apprend que la jeune fille originaire de Varennes a eu des difficultés à l’école — elle avait un trouble de déficit d’attention et était victime d’intimidation — et souhaitait, dès l’enfance, devenir chanteuse. Révélée par Star Académie en 2003, elle obtiendra, par la suite, le succès qu’on connaît. Tant mieux pour elle.

Le problème, ici, est que Marie-Mai a quelque chose d’Elvis Gratton. Son univers, en effet, est caractérisé par le « think big » quétaine incarné par le personnage de Falardeau. Marie-Mai, par exemple, se fiance à New York et se marie à Hawaï. Lors de cette célébration, son mari lui compose une chanson… en anglais. Pour marquer les grands moments de sa vie, la chanteuse se fait tatouer des formules… en anglais (« better together », « done that »). Sa visiondu monde se résume à un cliché repris par sa mère : « Quand on veut, on peut. » Un exemple pour la jeunesse ? Delisle-Crevier, très complaisant, semble le croire. On peut avoir des critères plus exigeants.

Raconter à des jeunes l’aventure des Nordiques de Québec, une équipe qui n’existe plus depuis 1995, n’est pas chose facile. Le public cible de cette collection n’était pas encore né quand l’organisation a quitté le Québec. L’affaire exige donc une mise en contexte. Journaliste sportif au Journal de Québec, Albert Ladouceur, avec l’aide de Benoît Clairoux, le spécialiste des Nordiques, s’acquitte bien de sa mission.

Il crée le personnage de « l’oncle Maurice » pour relater certains exploits de l’équipe, « qui a toujours été prête à offrir une première chance [aux joueurs et entraîneurs francophones] » et faire des liens entre le présent et le passé. Même les vieux fans des Nordiques prendront plaisir à replonger dans cette histoire.

Ce livre, par ailleurs, est le seul des quatre à contenir une petite faute de français. Il utilise, en effet, le calque « signer un joueur » au lieu d’employer les formules correctes « faire signer un contrat » ou « engager ».

Lévesque comme inspiration

Karine R. Nadeau a hérité de la mission la plus exigeante : raconter René Lévesque. Pour un jeune lecteur québécois, la vie du plus grand premier ministre de notre histoire s’est déroulée dans un autre monde. À dix ans, l’histoire et la politique nous sont généralement étrangères.

Nadeau, pourtant, raconte presque tout : l’enfance en Gaspésie, les études, les années de journalisme, les mariages, l’entrée en politique, la nationalisation de l’électricité, le virage souverainiste, la Crise d’octobre, la nuit des longs couteaux, la démission en 1985 et la mort en 1987. Quand il le faut, elle explique des notions (bilinguisme, camps de concentration, vulgarisation, syndicat, Révolution tranquille).

L’amalgame entre le style très simple, voire enfantin, du livre et un contenu aussi riche et complexe fait parfois naître chez le lecteur adulte une impression de bizarrerie, mais le résultat est surprenant. Les jeunes lecteurs de cette bio auront besoin de l’accompagnement de leurs professeurs et parents pour tout remettre en contexte, mais ils sortiront grandement édifiés de cette lecture.

Permettons-nous de rêver : si on faisait de ce livre une lecture obligatoire pour tous les enfants du Québec, en fin d’école primaire, ces derniers découvriraient que leur nation a déjà eu des hommes politiques d’envergure. Ça donnerait peut-être le goût à ces citoyens en herbe de s’en inspirer et de lire, dans quelques années, la grande biographie de Lévesque signée Pierre Godin.

Carey Price

Raconte-moi Carey Price

Jean-François Chaumont. Aussi: «Raconte-moi Marie-Mai» de Patrick Delisle-Crevier, «Raconte-moi Les Nordiques» de Albert Ladouceur et «Raconte-moi René Lévesque» de Karine R. Nadeau, Petit homme, Montréal, 2015, 144 pages pour les trois premiers et 136 pages pour le dernier.