Le prix (sonnant) de la liberté

Pierre Samuel du Pont était l'un des économistes abolitionnistes des XVIIIe et XIXe siècles.
Photo: Domaine public Pierre Samuel du Pont était l'un des économistes abolitionnistes des XVIIIe et XIXe siècles.

La condamnation morale de l’esclavage est au centre du discours abolitionniste au XVIIIe et au XIXe siècle, mais, comme le rappellent l’historienne Caroline Oudin-Bastide et le sociologue Philippe Steiner, l’argument économique a aussi été avancé à maintes occasions par les partisans de l’émancipation. Cette étude pointue titrée Calcul et morale se concentre sur la France coloniale du début des années 1770 jusqu’à l’abolition définitive de l’esclavage en 1848. Les auteurs analysent les calculs qui visaient, chez les abolitionnistes, à prouver le coût élevé du travail servile et la plus grande productivité d’une main-d’oeuvre libre non pas motivée par le fouet, mais bien par un salaire et l’espoir d’un avenir meilleur.

Cette « rhétorique calculatoire » mise en oeuvre par Pierre Samuel du Pont dans les Éphémérides du citoyen de 1771, puis reprise par d’autres économistes de l’époque, appuyait la cause de l’émancipation des esclaves, sans pouvoir régler le problème de la transition vers le travail salarié dans le contexte colonial. Dans les textes étudiés par les auteurs, les considérations économiques entourant l’abolition sont, dans tous les cas, intimement liées aux enjeux moraux associés à l’exploitation des travailleurs agricoles.

Pendant que les esclavagistes et les colons cherchaient avant tout à maintenir en place un système lucratif pour certains, mais reposant sur des idées fondamentalement racistes, les abolitionnistes proclamaient, de leur côté, « le primat du principe de justice sur les intérêts économiques ». Débats d’un autre temps sur la concordance du juste et de l’utile qui ont repris de plus belle, sous d’autres formes, à l’ère de l’économie capitaliste.

Calcul et morale. Coûts de l’esclavage et valeur de l’émancipation (XVIIIe-XIXe siècle)

Caroline Oudin-Bastide et Philippe Steiner, Albin Michel, Paris, 2015, 304 pages

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