James Galbraith, économiste de la mesure

Ni l’austérité dans les dépenses publiques, cette gestion adoptée par le gouvernement québécois, ni le retour à une forte croissance souhaitée par des économistes de gauche, qui, keynésiens, espèrent beaucoup d’une relance publique de la demande, n’éviteront les retombées de la crise financière mondiale de 2008. Voilà ce que soutient l’économiste américain James K. Galbraith, qui préconise une croissance faible, lente mais surtout humaine.

Son essai La Grande Crise. Comment en sortir autrement, dont le texte original a paru l’an dernier, vient d’être traduit en français. Fidèle à l’hétérodoxie économique clairvoyante léguée par John Kenneth Galbraith, son illustre père, James K. Galbraith, né en 1952, reproche à deux éminents confrères et compatriotes, Paul Krugman et Joseph Stiglitz, qui appartiennent pourtant, comme lui, à la tendance progressiste de sa discipline, de minimiser la gigantesque fraude financière de 2008.

À l’opposé de leur analyse timide, il ose montrer que « la fraude s’est emparée du système financier parce qu’il était commode de la laisser faire ». Après le krach technologique de 2000, les ressources qui alimentaient la croissance économique devinrent plus coûteuses et les occasions honnêtes de faire beaucoup de profits, plus rares. La fraude apparut alors, explique Galbraith, comme « une des routes principales de la rentabilité » en s’intégrant « à la pratique normale ».

Éloge de la lenteur

Pour l’économiste, l’effondrement de 2008 a été « définitif ». Galbraith précise qu’« il n’a pas été suivi par l’habituelle remontée du cycle des affaires » qu’on avait observée après 1945 et pendant les décennies suivantes. Il ajoute un constat brutal : « On ne peut pas guérir cette crise en procédant à une stimulation keynésienne », comme le préconisent tant de ses confrères progressistes.

Très versé en histoire économique et politique, connaissances qui lui venaient de son père (économiste dissident, conseiller de présidents américains et diplomate), Galbraith affirme que « les fondements institutionnels, infrastructurels, matériels (en termes de ressources) et psychologiques d’une relance keynésienne n’existent plus ». Mais il estime que ce qui a sauvé les États-Unis du pire en 2008, c’était tout de même l’héritage de l’« État social fort » créé par Roosevelt entre 1933 et 1938.

Dans l’esprit de cet héritage, la croissance lente que souhaite Galbraith s’appuierait en particulier sur la primauté des petites banques sur les grandes, la hausse du salaire minimum, le renforcement de la protection sociale, la supériorité de la main-d’oeuvre sur la technologie, la décentralisation de l’économie, la recherche de taux de rendement assez faibles mais soutenus. Dans un monde soumis à la limitation des ressources et au changement climatique, ce qui passait jadis pour un rêve devient la voie inévitable.

Pour en savoir plus

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La Grande Crise. Comment en sortir autrement

James K. Galbraith, traduit de l’anglais par Françoise et Paul Chemla, Seuil, Paris, 2015, 312 pages