Le corps de Roger Des Roches

Roger Des Roches est le lauréat du prix Athanase-David 2014.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Roger Des Roches est le lauréat du prix Athanase-David 2014.

La présence tutélaire du Vierge incendié de Paul-Marie Lapointe, en exergue du Corps encaisse, pèse lourd sur ce nouveau recueil de Roger Des Roches, lauréat du prix Athanase-David 2014 pour l’ensemble de son oeuvre. Force est de constater que ce livre dérive vers un automatisme de bon aloi qui en plombe nombre de pages.

Très rapidement, Des Rochesnous confie : « J’apprends les eaux éteintes, j’habille en pain », alors qu’il garde en lui « Une image de la famille de viande ». Quand l’alimentaire s’impose de cette façon, on ne sait trop comment réagir. Par ailleurs, on apprend qu’existent « Des bouteilles d’anges. / Des boîtes de frontières ou d’hygiène ».Pour dire vrai, on reste un peu perplexe devant tout ce fouillis qu’on croirait fatal aux textes.

Pourtant, le recueil s’éploie, heureusement, dans un déferlement de colère sonore, de ruptures ou de fractures de sens, comme submergé par la révolte d’être emporté par le désordre : « Les nerfs sont des nombres. / Des sait tout, des accompagne à travers. / Des hanches, l’électricité de respirer. / Des noms imprimés par les frères Douleur. » Soyons franc : pas simple, tout cela… loin de là.

Quatre suites alternées en vers libres et en prose nous convoquent à ce plaidoyer contre la déconstruction du corps ou de l’âme : « Ce corps énumère muscles bave genoux désir de voler foi et faim une vacance où nous sommes tous des coeurs rapides / Foi faim ventre mission de durer ». Soit, mais au fil des pages, une routine de la prouesse s’installe, le poète ayant du métier et ne ménageant pas ses effets.

« Le vieux battu », comme il se nomme, évoque en quelque sorte le Mickey Rourke du film The Wrestler qui nous parlerait « des carrés de combat, / de la forme, de la substance, / du bolide, les bouts de chair, / couronne de mourir sur le drap volant ». Tarabusté, le poète est un survivant.

Les nourritures terrestres, les soifs sentimentales, la brutalité des rapports humains, les amours confondus, tout prévaut ici au délabrement et à la résistance, dans un amalgame furieux que la parole seule relie. Une part de clinquant nous trouble vraiment qui dépend, en fait, de cette prouesse de langage qui sous-tend ce projet. On ne sait trop s’il y a urgence dans la répétition ou si la répétition tient lieu de courant magnétique qui dramatise une réalité convenue.

Je ne sais trop que faire de « ces gens comme des tables lavées flân[ant] », de « ces animeurs sourdre des animants des outils frappés par les chats clairs ». Tant il est vrai que la beauté peut parfois tuer, tant il est vrai aussi qu’à trop vouloir faire beau s’obscurcit parfois la clarté du propos.

Le corps encaisse

Roger Des Roches, Les Herbes rouges, Montréal, 2015, 86 pages