Mort au combat

Un dessin fait par Charb lors du Devoir des écrivains, en 2011.
Photo: Charb Un dessin fait par Charb lors du Devoir des écrivains, en 2011.

Malgré les menaces et les intimidations, il n’a jamais baissé la plume ni remisé son indignation face à l’intolérance. Le dessinateur Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, est mort mercredi matin à Paris, lors de l’attaque de son journal par des extrémistes, comme il l’avait voulu : debout en plein travail et non pas à genoux face à l’obscurantisme.

Charb n’aime pas les gens, prétendait la chronique de l’homme dans les pages de Charlie Hebdo, mais tout cela visait bien sûr à tromper l’ennemi sur son véritable projet journalistique : rire de et avec les gens que le caricaturiste aimait finalement beaucoup.

Avec sa plume corrosive et irrévérencieuse, Stéphane Charbonnier — de son vrai nom — s’est frotté très jeune à la sphère journalistique et satyrique française avant de prendre la barre de Charlie en 2009, en remplacement de Philippe Val. Il a collaboré à L’Écho des savanes (dans les belles années de cette publication), Télérama, au quotidien communiste L’Humanité, mais également au magazine d’humour et de bande dessinée Fluide Glacial dans lequel il tenait une colonne intitulée La fatwa de l’ayatollah Charb.

Indécrottable empêcheur de lénifier en rond, Charb s’est fait remarquer dans les dernières années avec des personnages rugueux comme Maurice et Patapon, récit en trois cases mettant en scène un chien bisexuel et anarchiste avec un chat ultralibéral et asexué, par lesquels il posait un regard lucide et amusé sur les dérives de son présent. Le dessinateur avait des accointances avec les courants politiques et idéologiques de gauche, et parfois d’extrême gauche. Dans la pure tradition du journalisme engagé politiquement, il avait appuyé ouvertement le Parti communiste français et le Front de gauche d’André Chassaigne lors d’élections en 2009 et 2010.

L’homme s’est amusé de l’éducation nationale française dans La salle des profs, en 2012, de la police dans Marcel Keuf, le flic —personnage mis au monde dans Fluide Glacial— en 2001, mais également de Sarkozy dans Sarko, le kit de survie en 2010. Il a également mis son dessin indigné au service de l’illustration du Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon en 2005. Charb avait l’épiderme sensible face à la discrimination, l’intolérance, le communautarisme crasse qu’il aura pourfendu jusqu’à son dernier souffle.

Depuis 2011, le dessinateur vivait sous protection policière rapprochée après un incendie criminel au siège de la publication et des menaces de mort qui lui avait été directement adressées après la publication d’un numéro spécial de Charlie Hebdo intitulé pour l’occasion Charia Hebdo, et dans lequel Mahomet était le rédacteur en chef. Le projet, qualifié de « deuxième affaire des caricatures de Mahomet », avait déchaîné les passions dans les courants islamiques radicaux.

« Je n’étais pas très chaud [à l’idée de cette protection], avait-il indiqué l’an dernier au magazine Marianne. C’est toujours un peu grotesque qu’un journal satirique soit protégé par la police. Mais mes parents trouvent ça formidable ! » Charb n’avait ni femme, ni enfant, « ni voiture, ni crédit », disait-il. Il disait aussi : « Ça peut paraître pompeux, mais je préfère mourir debout plutôt que vivre à genoux. » Le policier qui l’accompagnait mercredi matin n’a pas pu empêcher son exécution.

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 8 janvier 2015 12 h 48

    Viva Zapata!

    « Ça peut paraître pompeux, mais je préfère mourir debout plutôt que vivre à genoux. ». Cette citation célèbre, Charb l'a emprunté à Émiliano Zapata, grand révolutionnaire mexicain, patron du sous-commandant Marcos et de son armée zapatiste: «Es mejor morir de pie que vivir de rodillas».