La bédé québécoise a du vent dans les bulles

Un extrait du roman graphique «L’Arabe du futur», de Riad Sattouf
Photo: Allary Éditions Un extrait du roman graphique «L’Arabe du futur», de Riad Sattouf

L’année 2014 aura été une nouvelle fois exceptionnelle pour la bande dessinée québécoise, avec pas moins de 168 albums publiés l’an dernier, indique le Bilan de la bande dessinée au Québec en 2014, premier rapport du genre, qui s’inspire de celui que produit annuellement l’Association des journalistes et critiques en bande dessinée (ACBD). Ce nombre, 168, représente un sommet historique, mais également une croissance de 342 % en 15 ans à peine.

« Depuis 1999, la production locale est en croissance constante et témoigne de la vitalité de l’édition de bandes dessinées au Québec », résume Michel Viau, historien de la bédé d’ici et auteur de ce rapport d’une vingtaine de pages dévoilé le 1er janvier. « Qui plus est, l’édition de bandes dessinées n’est plus seulement l’affaire de quelques éditeurs spécialisés, puisque pas moins de 46 éditeurs différents ont publié au moins un album au cours de l’année. »

Sans surprise, c’est l’humour qui domine la cuvée 2014 de la bédé d’ici, avec près de 77 % de la production totale qui entre dans cette catégorie, peut-on lire dans ce rapport, qui précise que cela vient « déboulonner un mythe persistant » voulant que « la bande dessinée québécoise [soit] principalement constituée d’oeuvres autobiographiques, intimistes et introspectives ». En fait, ce genre, nourri entre autres l’an dernier par Deux milligrammes (La Pastèque), de Benjamin Adam, ou par les Chroniques du Centre-Sud (Pow Pow), de Richard Suicide — pour ne citer qu’eux — ne représente que 3,6 % de la production annuelle, alors que la comédie dramatique occupe, elle, 7 % du marché du 9e art.

Trois éditeurs à peine, Presse Aventure, spécialisé dans la traduction en français d’oeuvres anglophones pour grand public, Scholastic Canada, un éditeur de Toronto qui fait dans la bédé éducative, et Drawn Quarterly, célèbre éditeur anglo-montréalais, se partagent plus de 40 % de la production de bandes dessinées au Québec. Cette domination est toutefois menacée par plusieurs jeunes maisons très dynamiques, comme La Pastèque, qui a mis 10 nouveaux titres remarqués sur le marché l’an dernier, Pow Pow (6) ou La Mauvaise Tête (3), mais également par l’arrivée en 2014 de plusieurs éditeurs jeunesse ou généralistes, comme Alto, VLB, les Éditions de l’Homme, La courte échelle, Hurtubise, qui « se sont laissés tenter par la bande dessinée, avec la publication d’un ou deux albums », indique le rapport, en posant une question : « Est-ce un effet de mode ou les prémices d’une production plus importante à venir ? Les années qui viennent nous le diront. »

Enfin, notons que, sur les 168 titres mis en marché l’an dernier, la grande majorité (81,5 %) étaient en français et qu’une infime partie ont été publiés en format numérique : huit albums seulement, ce qui confirme la timidité de la dématérialisation du 9e art, qui ne trouve pas dans ce format, ici comme ailleurs dans le monde, un terrain propice à son développement et au respect de ses codes narratifs.

Un 9e art qui foisonne partout

Le dynamisme de la bande dessinée au Québec suit de près celui de la bédé ailleurs dans la francophonie. L’an dernier, ce secteur de l’édition a fait apparaître sur le marché mondial plus de 5400 titres, dont 4000 environ étaient des strictes nouveautés, indique le rapport de l’Association des journalistes et critiques en bande dessinée (ACBD), dévoilé discrètement à la fin de l’année dernière. Cela représente une publication moyenne de 103 albums par semaine, mais également une croissance de 4,64 % par rapport à la production de l’année précédente. Les séries asiatiques et la bédé traditionnelle, dite franco-belge, mènent encore et toujours le bal, mais les romans graphiques poursuivent leur avancée, avec 378 titres mis en marché l’an dernier. Ce genre ne représentait que 88 titres en 2000.

Au chapitre des performances, c’est le tome XXIII des aventures de Blake et Mortimer qui récolte la palme du meilleur tirage, avec 430 000 exemplaires édités en 2014, soit quatre fois plus que le tome IX de Magasin général, de Loisel et Tripp, qui se tient tout de même dans la liste des 25 meilleurs tirages de l’année 2014, selon le rapport de l’ACBD. Une liste dans laquelle se trouvent également plusieurs grands classiques et grandes figures du 9e art, comme Boule et Bill, Largo Winch, Kid Paddle ou encore Game Over, mais également, surprise, un roman graphique, L’Arabe du futur, de Riad Sattouf.


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