Les vieilles voisines d’à côté

C’est par la musique que l’on connaît d’abord Michel-Olivier Gasse, lui qui traîne sa basse ou sa contrebasse avec des chanteurs comme Vincent Vallières et Dany Placard, en plus de mener son projet Caloon Saloon. Mains agiles, regard vif, sourire féroce, le mi-trentenaire à l’éternelle chemise aux manches roulées a aussi du talent pour raconter des histoires plus longues que des chansons.

Ancien étudiant en littérature, ex-blogueur sur le site du Voir, Michel-Olivier Gasse vient de publier un deuxième livre, De Rose à Rosa, qui fait suite à un premier effort sympathique mais imparfait, intitulé Du coeur à l’établi (Tête Première, 2013). L’esprit de base reste le même, Gasse s’inspirant de sa propre vie (ou de ce qu’il veut bien y piger), de son environnement physique immédiat, donnant aussi quelques rôles plus ou moins secondaires à des personnages réels de la scène musicale d’ici.

Sauf que, ce coup-ci, l’auteur a laissé tomber les rebondissements en série de son premier effort, parfois alambiqués, pour se concentrer sur le portrait de ce qui se passe dans sa p’tite vie, entre la musique et la musique.

Époques

Parce qu’on ne part pas du tout en tournée avec lui. On vit plutôt dans un appartement croche du quartier Villeray à Montréal, à deux pas de l’autoroute Métropolitaine. Et la seule musique qu’on y trouve, c’est celle de sa ruelle. Ses ruelles, devrait-on dire, car le livre est divisé par un déménagement. On découvre deux appartements tout près l’un de l’autre, mais aussi deux voisinages, deux univers. Le premier est mené par Madame Rose, passionnée de gazon. Puis, à l’autre adresse, c’est Madame Rosa, une vieille Portugaise aux prises avec un Tanguy cinquantenaire désagréable, qui prend le relais.

À coups de dialogues simples et efficaces et de récits imagés, parsemés de petits détails — ces « allons » très gaspésiens dans le langage du paternel en visite —, Michel-Olivier Gasse recrée son petit microcosme, où des humains extraordinaires parce qu’ordinaires prennent toute la place. Et ces humains s’accrochent au passé, vieillissent, comme la corde à linge installée sur le vieux poteau, comme ces immeubles à logements mal entretenus, comme l’auteur qui se demande s’il devrait avoir des enfants.

Presque à mi-chemin dans le bouquin, l’auteur se rend compte qu’il s’approprie un univers. « Y’a fort à parier [que mes deux voisins] ne savent pas non plus que j’écris des histoires à leur sujet, et qu’elles se retrouvent sur Internet ou dans les livres. Pas plus qu’ils ne doivent savoir ce qu’est réellement Internet. Le dernier bastion de la vie d’avant. Celle du téléphone fixe, du radio-cassette, celle qui n’est pas documentée dans ses moindres détails. Et voilà que, étrangement, je me retrouve à le faire pour eux. »

De Rose à Rosa a du souffle sur la durée, même s’il prend parfois des allures de recueil de nouvelles. Il y a bien un ou deux chapitres redondants, maisMichel-Olivier Gasse noushameçonne si bien qu’on y trouve plaisir jusqu’à la dernière note de ce concerto de ruelle.

De Rose à Rosa

Michel-Olivier Gasse, Tête première, Montréal, 2014, 288 pages

1 commentaire
  • Jacques Baril - Inscrit 22 décembre 2014 04 h 39

    De Rose à Rosa(!)

    Fondant face à tes traits, j'admire simplement
    À voir ton sourire, je suis conquis lentement.
    Indéniable en moi est un doux ravissement.
    Sois mienne, ma mie et fonds délicieusement.

    Choyé, je ne peux voir ma vie tout autrement
    Ensorcelé, je suis à toi, joyeusement.

    Quoi que tu fasses, tu éblouis bellement.
    Unis, on est heureux... je l'apprécie chèrement.
    En moi, une énergie agit nouvellement.

    Don du ciel, tu ravis si inlassablement.
    Ouvrant la voie d'Eden, tu guides mes moments.
    Innée est ta saveur, elle me rend gourmand.
    Si tu manques, mon âme hurle, te réclamant.

    @lire absolument. Bonne lecture!