Mes ancêtres reviendront de la guerre, François Guerrette

Poésie obstinée que celle de François Guerrette qui, à la manière d’un Renaud Longchamps, fouit et creuse un sillon assez béant pour y semer à la fois un désespoir ontologique frigorifiant et une détermination à vivre dans les confins : «Quand les vents noirs à l’intérieur / des maisons cesseront de tout emporter // d’effacer sur le sol les ombres fossilisées // la somme des larmes versées / pour baptiser les morts / me fera voir ce qu’est l’immense / naissance d’un nouvel océan.» Force est de constater que cette oeuvre, bellement commencée par des recueils forts, poursuit son chemin de ronde, cette fois presque entièrement en prose, sous les meilleurs auspices. «Quelle langue de géant les enragés / parlent-ils pour pardonner / résumer le cours du monde»? se demande-t-il. Celle de la poésie, sans aucun doute. «Pour que chaque jour soit / un grand millésime de vents / qui se lèvent et apaisent les blessures / que m’inflige ma posture de vivant // je continuerai de croire sur parole / les sept lettres du mot révolte», avoue-t-il. Et on espère que cette poussée de vie s’incarnera encore et parlera de nouveau.

Mes ancêtres reviendront de la guerre

François Guerrette, Poètes de brousse, Montréal, 2014, 68 pages