Bauman contre les riches

Célèbre sociologue britannique d’origine polonaise, le presque nonagénaire Zygmunt Bauman cherche à comprendre, dans Les riches font-ils le bonheur de tous ?, les raisons qui nous font accepter l’inégalité entre les humains, une situation qui nuit pourtant à la démocratie et à la qualité de vie de presque tous.

Il pointe, en s’inspirant des thèses du géographe Daniel Dorling, la prégnance, dans nos sociétés, de « principes d’injustice », c’est-à-dire de « convictions tacites et latentes » démenties par les faits, mais qui continuent de s’imposer comme des évidences naturelles, même si ce sont des constructions sociales et, par conséquent, modifiables.

Nous croyons, écrit Bauman, sans toujours nous l’avouer, que la croissance économique est la clé d’une société saine (depuis la crise de 2008, pourtant, l’« accroissement de la richesse totale va de pair avec une aggravation des inégalités sociales »), que l’augmentation perpétuelle de la consommation mène au bonheur, que l’inégalité entre les humains est naturelle et que la rivalité est le moteur du progrès. Or, explique brillamment Bauman dans cette réflexion autant philosophique que sociologique, ces principes nous pourrissent l’existence, en créant du chaos et du désarroi, et mènent l’humanité et la planète à leur perte.

Attendrons-nous la catastrophe avant de comprendre que la recherche du profit individuel ne sert pas le bien commun et de réagir ? D’ici là, quelques-uns auront la richesse et les autres se farciront l’austérité.

Les riches font-ils le bonheur de tous ?

Zygmunt Bauman Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet Armand Colin, Paris, 2014, 132 pages

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