Est-ce la fin du Bibliobus?

Le programme offrait un grand choix de livres pour les enfants.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le programme offrait un grand choix de livres pour les enfants.

La ville de Montréal compte 45 bibliothèques. Toutes ne sont pas sises à proximité de zones scolaires, dont plusieurs peuvent en être assez éloignées. C’est notamment le cas dans certains secteurs plus défavorisés des arrondissements Rosemont–La-Petite-Patrie, Ahunstic-Cartierville, Saint-Laurent, et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Le service Bibliobus tel qu’on le connaissait palliait ce manque.

Tel qu’on le connaissait, car après avoir craint l’abolition unilatérale du Bibliobus dans la foulée de l’annonce récente de son abandon dans Rosemont–La-Petite-Patrie, voilà que le service renaîtra ailleurs sous d’autres formes. Rappelons que les motifs invoqués dans le premier arrondissement étaient d’ordre budgétaire, soit des économies de 86 000 dollars. L’ouverture de la bibliothèque Marc-Favreau y a également changé la donne.

Qu’en est-il dans les trois autres arrondissements ? « Le dernier arrêt du Bibliobus dans Saint-Laurent aura lieu le 11 décembre, confirme au Devoir Macarena Lobos, chargée de communications dans Saint-Laurent. Seul le quartier Chameran était couvert. C’est dommage. Ceci dit, on travaille à mettre sur pied une alternative d’ici le mois de mars. L’idée est de créer un point de service fixe dans les locaux neufs du Chalet du parc Painter, rénové récemment. Le catalogue serait destiné à toute la famille, donc adolescents et parents, alors que le Bibliobus se concentrait sur les enfants. »

Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, la fin du Bibliobus rimera également avec l’implantation d’un service ambulant destiné à tous prenant la forme d’une fourgonnette qui, contrairement au Bibliobus, visitera tous les quartiers.

« Cette initiative témoigne de la volonté de notre arrondissement de mettre sur pied des projets novateurs visant à aller à la rencontre des citoyens dans la poursuite de nos efforts pour éveiller chez les enfants un goût pour la lecture et à maintenir ou à développer l’intérêt pour la lecture des adultes et des aînés », a fait valoir Anie Samson, vice-présidente du comité exécutif et mairesse de l’arrondissement, qui mentionne en outre la vétusté du véhicule Bibliobus.

Même approche dans Ahuntsic-Cartierville, où un projet similaire suit son cours. « On miserait nous aussi sur une fourgonnette, capable d’aller partout, et dotée d’un contenu pour tout le monde. Ce sera la Bibliomobile », indique Jean-François Circé, directeur adjoint de l’arrondissement.

Un achalandage en hausse

Fondé en 1966, le service Bibliobus s’inspirait d’un modèle européen. « Une bibliothèque mobile aménagée dans une semi-remorque, le Bibliobus offre aux enfants un service de prêt de documents au coeur de leur quartier. Le Bibliobus parcourt cinq arrondissements, quatre jours par semaine. La tournée compte huit arrêts visités toutes les deux semaines et deux qui alternent, ce qui donne neuf arrêts. » Tels sont la définition et le mandat qu’en donne Bibliothèques Montréal.

On se souviendra qu’en décembre 2002, l’administration Tremblay avait annoncé l’abolition de Bibliobus. Quelques mois plus tard, les arrondissements d’Ahunstic-Cartierville, Rosemont–La-Petite-Patrie, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve l’avaient ressuscité en y investissant chacun 70 000 dollars. L’arrondissement de Saint-Laurent s’est ajouté en 2010, tandis que Mercier–Hochelaga-Maisonneuve s’est retiré en juin dernier.

En 2013, la collection du Bibliobus était constituée de près de 28 000 documents. En 2013, 36 460 prêts ont été effectués par son entremise, comparativement à environ 25 000 en 2004, ce qui représente une hausse significative.

En l’occurrence, ces chiffres font écho à une situation généralement encourageante quant au prêt de livres. En effet, selon le document Portrait des bibliothèques de Montréal publié en juin 2014, plus de 6,7 millions d’usagers se sont partagé des prêts totalisant 11,4 millions de documents en 2013. Il s’agit d’une augmentation de fréquentation de 4,4 % par rapport à 2010.

Le Bibliobus en chiffres

1966: fondation du service

28 000 : nombre de documents du catalogue en 2013

6000 : nombre d’ouvrages se trouvant dans le Bibliobus

25 000 : nombre de prêts (approximatif) effectués en 2004

36 460 : nombre de prêts effectués en 2013
2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 4 décembre 2014 04 h 59

    Question...

    Tout serait-il bon pour ce Conseil Municipal, à condition de favoriser l'ignorance et la dé-culturation ?

  • Daniel Lemieux - Inscrit 4 décembre 2014 14 h 46

    Trop chère, la lecture ?

    Des montants de moins de 100 000 dollars peuvent faire la différence entre le maintien ou l'abolition d'un service culturel peu prestigieux mais fort populaire (+ de 36 000 prêts) ?

    Maintenant que nous avons une vague idée de l'énorme gaspillage d'argent sous toutes ses formes à Montréal, mettre un terme au Bibliobus est pitoyable.

    Natifs de Montréal, nous y avons pour plusieurs d'entre nous pris goût à la lecture, et de cela les plus jeunes risquent d'être privés.

    Repensons-y, la prochaine fois que nous verrons le maire Denis Coderre pavaner devant les médias, claironner que Montréal est une « métropole culturelle ».