Renaud-Bray durcit le ton

Les livres des 375 éditeurs distribués par Dimedia, dont plus de 40 sont québécois, sont absents des rayons des librairies Renaud-Bray. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les livres des 375 éditeurs distribués par Dimedia, dont plus de 40 sont québécois, sont absents des rayons des librairies Renaud-Bray. 

Gilles Herman, directeur général et éditeur chez Septentrion, voulait interpeller les librairies Renaud-Bray et le diffuseur Dimedia, englués depuis avril dans un conflit commercial sévère. Afin de faire bouger les choses et d’informer le public, M. Herman a lancé, au début de la semaine, le site meslivreschezrb.com, où il y expliquait sa vision du conflit. L’initiative lui a valu une mise en demeure de Renaud-Bray lui enjoignant de fermer son site. Ce qu’il a fait, jeudi midi. Dans l’intervalle, le site aurait été vu 2136 fois et sa page partagée 107 fois, selon les statistiques fournies par M. Herman.

La mise en demeure s’appuie surtout sur l’utilisation détournée de la marque Renaud-Bray et de ses « Coups de coeur » choisis par les libraires. Mais elle prône aussi l’atteinte à la réputation, soulignant que « cette campagne Web cause également un grave préjudice à [Renaud-Bray], qui doit non seulement gérer d’abondants commentaires négatifs causés par la diffusion d’informations fausses et trompeuses, mais en plus, subira nécessairement les contrecoups de l’opinion négative du public dans son chiffre d’affaires, pour lesquels elle vous tiendra entièrement responsable ».

« L’idée, a indiqué Gilles Herman en entrevue au Devoir, était de donner un portrait rapide du problème au public. » Problème qui, rappelons-le, fait en sorte que les livres des 375 éditeurs distribués par Dimedia, dont plus de 40 sont québécois, sont absents des rayons de la plus grande chaîne de librairies au Québec. Le site Internet invitait ainsi les clients de Renaud-Bray à faire savoir à leur libraire qu’ils tiennent à retrouver, dans leur magasin préféré, toutes les nouveautés, sans exception. Une copie du message était aussi expédiée à Dimedia afin que les deux organisations se rassoient ensemble.

« Les éditeurs, même si j’ai agi ici à titre personnel, souhaitent un règlement rapide, a poursuivi Gilles Herman, qui doit nécessairement passer par un paiement des factures dues et une véritable négociation des conditions commerciales, en acceptant de discuter autrement qu’à travers des avocats. Cette mise en demeure [que je reçois] ne fait que confirmer l’intransigeance de Renaud-Bray face au conflit et son désintérêt à servir adéquatement ses clients et, plus largement, la littérature nationale et internationale. »

La situation, qui perdure, est mauvaise pour les éditeurs et auteurs touchés, qui ne bénéficient pas de la visibilité la plus large possible. Et mauvaise pour Renaud-Bray, sa trentaine de commerces étant ainsi privés de plusieurs centaines de nouveautés, dont les prix Goncourt et Médicis, ou certains prix littéraires du Gouverneur général.

D’autres réactions

Par ailleurs, des étudiants en littérature de langue française de l’Université de Montréal ont lancé une pétition demandant la démission de Blaise Renaud comme p.-d.g. des librairies Renaud-Bray. L’initiative est venue en réaction aux propos tenus par M. Renaud lors d’une entrevue au magazine L’actualité, où l’homme disait se considérer d’abord et avant tout comme un commerçant. « Si j’avais une chaîne de 30 magasins de souliers, y dit-il, j’aurais le même plaisir à gérer mon entreprise. Il y a des enfants qui rêvent de devenir pompiers. Moi, j’aimais être au magasin et regarder comment la caisse fonctionnait. »

À ces propos, les étudiants, dans leur pétition, répondent : « Considérant que vous semblez ignorer, du haut de votre poste, votre responsabilité culturelle, ainsi que le champ d’influence d’une chaîne de librairies telle que [la vôtre], nous jugeons votre idéologie marchande particulièrement dangereuse pour l’épanouissement et la diversité de la culture québécoise. » Les idéateurs visent à atteindre 500 signatures.

Les librairies Renaud-Bray n’ont pas répondu aux questions du Devoir jeudi.

4 commentaires
  • Yves Gingras - Abonné 28 novembre 2014 04 h 02

    Artisan de ses malheurs

    Blaise Renaud écrit, par la voix de ses avocats que ses librairies subiront "les contrecoups de l’opinion négative du public" e que cela affectera "son chiffre d’affaires". Il ne semble pas comprendre que tout cela est de sa propre faute: les citoyens ont en effet encore le droit que penser et de dire qu'ils désapprouvent son comportement irresponsable et ont la liberté de décider de ne plus acheter de livres chez lui. Il pourra toujours utiliser ces espaces pour vendre des souliers. Qui sait, il pourra aussi les utilser pour "botter le cul" de ceux qui osent critiquer sa conception rétrograde de la culture...

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 novembre 2014 08 h 33

    Petit «pousseux de crayon sur une page blanche»...

    ...vous comprendrez qu'aucun de mes ouvrages ne figure dans les inventaires des 375 éditeurs affectés par cette situation que je trouve dommage....très même. Moult questions me montent à l'esprit voire au coeur. Existe-t-il une juste et possible conciliation voire équitable complicité entre le nouveau(sic) dieu l'argent et la culture? Les livres; «C'es-tu juste une affaire de piasses ?» Les actuelles structures de gestion du «commerce» du livre répondent-elles aux besoins où chaque partie impliquée y est traitée avec probité, justice et transparence ? Existe-t-il d'autres voies(voix) que celle du juridique pour en arriver à un équitable réglement du présent conflit ? Voilà...j'ai «poussé mon crayon sur cette «page blanche» du «Le Devoir». Je suis de cette époque où la définition du journal «Le Devoir» se lisait ainsi: «FAIS CE QUE DOIS»
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

  • Jacques Desrosiers - Inscrit 28 novembre 2014 14 h 38

    Qui a tort ? Qui a raison ?

    Ce conflit est difficile à suivre : beaucoup d'articles donnent l'impression que Renaud-Bray refuse d'acheter les livres distibués par Dimedia. Mais entre les lignes on est amené à comprendre que c'est Dimedia qui refuse d'envoyer ses livres dans les librairies de Renaud-Bray. Perplexe.

  • Julien Robitaille - Inscrit 28 novembre 2014 20 h 01

    Parce que vous prenez le problème à l'envers

    M. Desrosiers, c'est effectivement Dimedia qui refuse d'envoyer ses titres chez Renaud-Bray, mais le refus vient d'un changement unilatéral et sans avertissement de manière de payer de la part du libraire.

    Au lieux de payer ses nouveautées, renvoyer les invendues et de se faire créditer la diffrence sur les prochaines commandes, Renaud-Bray a payé à Dimedia l'équivalent des ventes et renvoyé le reste sans paiement, foutant la comptabilité du distributeur à l'envers et le privant de liquiditées sur lesquelles il comptait pour payer ses éditeurs et ceux-ci, leurs auteurs*.

    C'est une manière cavalière de se comporter qui démontre le peu de respect qu'a M. Renaud pour le le livre.

    * : Et ça touche bien plus durement les éditeurs québécois, puisque pour Seuil, Rivages et cie, le marché québécois est un nain comparativement au marché français.