L’«Encyclopaedia Universalis» au bord du précipice

Photo: Facebook de l'entreprise

L’Encyclopaedia Universalis est en dépôt de bilan. Le tribunal de commerce de Nanterre a placé la société Encyclopaedia Universalis sous la protection d’un redressement judiciaire le 30 octobre. La triste nouvelle vient d’aboutir publiquement.

Universalis reçoit ainsi un premier sursis de six mois pour tenter de se refonder. L’administratrice judiciaire a parlé d’un « bon outil pour réussir la transformation nécessaire d’une marque forte ». Universalis emploie environ 45 personnes.

Fondée en 1968 par le Club français du livre et la très réputée maison américaine Encyclopaedia Britannica, la maison française appartient au banquier Jacqui Safra, d’origine libanaise. Le mécène y aurait injecté près de 20 millions de dollars depuis 1999, surtout pour éponger les dettes successives. Cette année, l’entreprise se dirige vers des ventes de quelque 8,5 millions pour un découvert frisant les 600 000 $.

Les déficits récurrents s’expliquent évidemment par la forte concurrence de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Même les versions dématérialisées des ouvrages de référence (dictionnaires, grammaires ou autres) ne font plus le poids face à ce géant qui devrait atteindre le milliard d’usagers l’an prochain.

Wikipédia a deux atouts majeurs dans son jeu. D’abord la force de la création participative qui fait construire et enrichir, par des millions de contributeurs, d’heure en heure et de minute en minute, le panorama encyclopédique des connaissances universelles.

Ensuite, Wikipédia peut compter sur la puissance des algorithmes des moteurs de recherche qui le favorisent constamment en cas de recherche. En tapant « Universalis » sur Google, on se fait proposer le site de l’entreprise en première position puis l’article de Wikipédia sur l’Universalis en deuxième place. Cette notice en ligne comprend déjà les références au redressement judiciaire.

Universalis a pourtant cherché à prendre le virage de la dématérialisation. La série d’une trentaine de volumes actualisée sept fois a été vendue à quelque 700 000 exemplaires pendant les premières décennies. Le transfert sur disque numérique a débuté au tournant du siècle. Le papier a été abandonné il y a deux ans. Le site payant, lui aussi mis à jour régulièrement, reçoit dix millions de visiteurs uniques par année, qui ne suffisent pourtant pas à équilibrer les comptes.

L’entreprise mise maintenant sur les usages scolaires qui pourraient être stimulés par un plan gouvernemental d’« école numérique ». Sa production jouit encore d’une immense notoriété pour la qualité de ses articles rédigés par une armée de 7200 spécialistes, là où Wikipédia mise sur une masse de contributeurs plus ou moins amateurs.

2 commentaires
  • André Le Belge - Inscrit 25 novembre 2014 11 h 14

    Wikipedia...

    ou la puissance de l'Open Source comme Firefox, OpenOffice, TCPIP, etc, etc, etc

  • Corriveau Louise - Abonnée 25 novembre 2014 13 h 10

    Incompétence ?

    J'ai acheté, à son début, Universalis sur CD-ROM pour environ 300$. Après un changement de version du système d'exploitation de mon Mac, il ne fonctionne plus. Je tente de contacter le siège social, mais pas de réponse, pas du tout ! Un regard sur le web en France confirme que le service est considéré comme pourri. Je n'ai jamais réussi à le faire fonctionner à nouveau.
    Récemment, je tente de consulter Universalis en ligne via ma bibliothèque municipale. Ne fonctionne pas non plus.
    Cette faillite n'est donc pas une surprise. Dommage, car le contenu était très bon.

    Claude Martin