La vive indignation de France Théoret

France Théoret
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir France Théoret

France Théoret est toujours guidée par « le droit le désir la volonté d’habiter » les mots, de faire valoir cette parole-femme qui crie haut et fort sa légitimité. Toujours pertinente, à la fois revendication et manifestation, cette Voix pour Odile (Herbes rouges), elle qui, à l’origine de l’oeuvre, marquait le coup de sonde. Mais ce recueil est aussi un cri d’alarme pour tous les opprimés, les enfants et les petits, car « la poète entend le bruit ambiant / ne dévie pas hors (le sillon) la travée / l’entravée avec des bras utiles ». Nécessairement poète, forcément.

Dans le droit fil de Bloody Mary (1977, Typo, 2011), un des grands textes de Théoret, cet Été sans erreur s’avère puissant et d’une acuité percutante en ces jours où les femmes dénoncent encore et toujours la violence frontale ou larvée qu’elles subissent au quotidien, pour contrer justement « l’impouvoir [cette] condition / une terrible façon d’être / en regard de l’insurrection nécessaire ».

La poète dénonce l’inqualifiable arasement des femmes, leur nivellement, leur empêchement tragique, cette « banale tristesse d’où surgit le noir irréversible, sans dépit, l’écrasement d’une femme ». Lente érosion du bonheur, lourde affliction.

Toutes «elle»

Cette quête d’identité creuse aussi la pertinence des pronoms personnels, fouit leur à-propos, leur capacité à nommer l’innommable, la recluse, l’obscure présence. La parole s’incarne au devenir du monde, car « Tu es un je, tu es en je, passeport d’ouverture vers le poème ». Ne faudrait-il pas lire, sous le titre du recueil, cette référence à ce « elle » qui a « été sans erreur » exclue, reléguée, réprimée, celle qui est littéralement « l’étée » ? Donc, ce texte est tout entier parole pour celle qui se doit d’être, absolument.

Alors, « la clarté lunaire fait surface », clarté lente au coeur de la nuit, clarté bienvenue au coeur de l’obscur. « Qu’est-ce que ça bat ? / Qu’est-ce que ça cogne ? / Un tel débordement, / des douceurs enfiévrées, / un appel d’air, la demande d’un surcroît d’air. »

L’assumation totale, radicale, du féminin se dit, s’affirme haut et fort : « ce dont je parle comprend le féminisme. Le nous existe », « ce que je pense est féministe. Ce que j’écris est féministe ». Et là respire la phrase, le sens du texte qui éclaire de sa vision aiguë la force vive qui s’incarne dans la langue, pour dire les choses vraies, celles qui tiennent pour possible l’avenir.

L’été sans erreur

France Théoret, Montréal, L’Hexagone, 2014, 88 pages