La nuit, tous les dieux sont noirs, Monique Deland

On devine, dans La nuit, tous les dieux sont noirs, la passion de Monique Deland pour les Illuminations de Rimbaud, alors que les dérives lui permettent d’accéder à l’envers du réel. Ainsi, dans ce livre presque inclassable, la poète nous fait entrer dans des paysages saturés d’étrangetés, de figures archétypales et de dieux anciens qui ouvrent les portes des enfers ou coupent les eaux océanes. L’insolite préside à cette traversée des apparences, à ce voyage dans des paysages déjantés, « les deux pieds ancrés solides dans leur cauchemar lucide ». On la suit éberlué, bousculé par l’empreinte de cette surréalité trouble, conviant ici Dalí et ses lèvres-fauteuils, là les maisons de Delvaux ou de Gaudí. « Des questions, que ça. / Ça éclate une après l’autre, comme des petits oeufs de tortue arrivés à terme. » Nous parviennent les mudras et pranayama de la méditation… entre l’inspir et l’expir… mantras obligés pour accéder à ce monde cassé. Traversant la vie en train, roulant dans l’incongrue continuité d’un théâtre complexe, le réel bascule du côté de l’angoisse. Entre la veille et le sommeil, la conscience et le rêve, la mobilité et l’immobilité, toujours dans l’entre-deux-monde, s’échappe la poète guettant la nuit. L’ultime mot pour comprendre ce livre : métamorphose.

L’auteure sera en séance de signatures au Salon du livre le jeudi 20 novembre.

La nuit, tous les dieux sont noirs

Monique Deland, Le Noroît, Montréal, 2014, 128 pages