À fond de train sur la piste hippie

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C’était encore l’époque d’avant le tourisme de masse. En plein flower power, des centaines de jeunes occidentaux aux cheveux longs, à la recherche de paradis irréels ou artificiels, convergeaient vers l’Afghanistan. À bord d’un de ces fameux Magic Bus ou faisant du pouce, ils sillonnaient la Hippie Trail, comme on appelait ce chemin flou qui allait d’Istanbul jusqu’à la vallée de Katmandou, au Népal.

Un chemin de la liberté devenu mythique, quelques milliers de kilomètres parfumés d’effluves de chanvre et de patchouli. Un voyage à peu près impensable aujourd’hui. Car ça ne passe plus — en particulier pour les Canadiens. Le monde a changé. Pour le mieux ? Pour le mesurer, au besoin, il faut lire le Magic Bus : sur la route des hippies d’Istanbul à Katmandou de Rory MacLean (2008, Hoëbeke), qui a refait le voyage.

Pierre Graveline, lui, atterrit à Amsterdam un jour d’automne 1971, comptant aller rejoindre des amis dans le sud de la France quelques semaines plus tard. Mais le jeune homme de 19 ans se laissera plutôt porter par les circonstances et les rencontres. Des hasards qui vont le mener tour à tour vers Istanbul — coup de foudre —, puis à travers l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et le Népal, à la poursuite de ses rêves d’adolescence et d’un Orient mystérieux.

Portrait en nomade

Intéressé par les religions, curieux de nature, mais, contrairement à nombre de voyageurs en Inde à cette époque, pas le moins du monde motivé par une quête spirituelle, le jeune Graveline ouvre les yeux. C’est en observateur gourmand et attentif qu’il avance. Ce qui ne l’empêchera pas, à l’occasion, de demander l’aumône dans quelques temples hindous ou de se faire passer pour un sâdhu en espérant prendre le train gratuitement.

Un voyage de huit mois qui a entraîné, comme il se doit, son lot de compagnons, de belles et de moins belles rencontres, de mésaventures. Comme ce Parisien dont le frère était emprisonné à Kaboul pour trafic de drogues, un trio de Lavallois et leur minibus Volkswagen, un couple d’Allemands toxicomanes, quelques belles filles dont les prénoms se sont évanouis. Des gourous véreux, aussi, des gardes-frontières complaisants, des bons samaritains. Et quelques jours en prison pour couronner tout ça. Beaucoup d’expériences, en somme, avant de devoir rebrousser chemin vers Amsterdam avec trois sous en poche, aussi motivé qu’un yoyo qui ravale sa corde.

À voyage effréné, style bondissant. Le ton vif a toutefois sa contrepartie : le rythme de Voyageur est trop rapide. Moins de 200 pages pour rendre compte d’un parcours initiatique de plus de 20 000 kilomètres ? Le récit un peu maigre, même bonifié de faits historiques, nous donne parfois l’impression de ronger un os.

 

L’auteur sera en séance de signatures au Salon du livre les jeudi 20 et samedi 22 novembre.

Voyageur

Pierre Graveline, Fides, Montréal, 2014, 184 pages