Mémoires d’une table à dessin

Illustration: Garnotte

Ses caricatures égaient les pages du Devoir depuis 1996. Esquissées avec un sens aiguisé du détail qui tue, les propositions satiriques de Garnotte permettent autant de se distraire que de se défouler collectivement.

Exécutées avec intelligence, les caricatures peuvent faire oeuvre d’art autant qu’oeuvre utile. Qu’elles dénoncent les turpitudes des puissants ou la bêtise humaine en général, celles que crée quotidiennement Garnotte possèdent cette double vertu, comme on peut le constater de visu à l’occasion de la publication de L’annuel Garnotte 2014, en librairie ces jours-ci, et qui regroupe plus d’une centaine de caricatures.

« C’est chouette de voir l’année défiler à travers ces dessins-là pour lesquels, il est vrai, j’ai un attachement personnel, confie Garnotte. Au quotidien, une nouvelle chasse l’autre à une vitesse folle. Ce que je constate, surtout, c’est que les anecdotes s’effacent naturellement au profit des grands événements. »

Ce cru-ci se révèle particulièrement marqué par la présence du Parti québécois, de la charte des valeurs aux élections cauchemardesques en passant par les aléas d’une course à la chefferie annoncée. « Le Parti québécois a connu une très mauvaise année, et Mme Marois, en particulier », confirme le caricaturiste, qui a passé en revue des centaines et des centaines de dessins.


« Avec mon directeur littéraire, Jean Bernier, nous avons discuté longuement afin de créer un enchaînement intéressant. Nous tenions tous les deux à une lecture chronologique, mais avec une certaine souplesse, par exemple en associant des dessins qui cohabitaient bien. Cela dit, le fil des grands événements de l’année est respecté. » Cela, au bénéfice premier du lecteur.

Au sujet de ce dernier, Garnotte précise toujours essayer de se mettre dans sa peau. « Jour après jour, je me demande de quoi le lecteur voudra entendre parler le lendemain. Si je dessine ma caricature le mardi, elle est publiée le mercredi. Il y a un côté “pari” dans le choix que je fais. Parfois, par contre, un sujet s’impose, comme un passage obligé. Dans le temps de la charte, c’était impossible de traiter d’autre chose : tout le monde avait une opinion là-dessus, tout le monde se prononçait. »

Parfois maladroitement, avec caricature à la clé. « Mais, là encore, il m’arrive d’opter volontairement pour une nouvelle secondaire, par exemple si j’ai un très bon gag pour l’illustrer. »

Plus-value

À cet égard, le caricaturiste estime jouir de beaucoup de latitude. Lorsqu’il écarte un sujet, voire une manière d’aborder un sujet, c’est généralement de son propre chef, et non en raison d’une intervention de la direction. « Je suis au Devoir depuis 18 ans. J’en connais intimement les grandes lignes éditoriales. C’est un journal pour toute la famille ; ce n’est pas Charlie Hebdo. C’est dire que je traite les sujets en conséquence, en m’abstenant d’être trop olé olé. L’intérêt d’un tel recueil, justement, est la possibilité d’inclure quelques esquisses plus risquées. »

De fait, L’annuel Garnotte 2014 contient plusieurs croquis exécutés au crayon de plomb, sortes de caricatures fantômes. « Chaque jour, je me retrouve avec plus d’esquisses que de sujets, c’est-à-dire que je peux réaliser trois ou quatre esquisses pour un même sujet, après quoi j’en mélange pour arriver à une composition définitive que je peaufine, que je mets à l’encre, etc. Il reste après tout ça sur ma table à dessin une pile d’esquisses souvent intéressantes, mais rejetées pour une raison ou une autre. »

Couverts de croquis, les murs du bureau de Garnotte attestent une activité créatrice bouillonnante. Pourtant, il doit bien y avoir des jours où l’actualité se fait muse capricieuse ? Le syndrome de la « feuille blanche », ça existe ? « Oui, tous les jours ! »

Publication commune du Devoir et des Éditions du Boréal, L’annuel Garnotte 2014 sort en librairie ce mardi.

8 commentaires
  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 10 novembre 2014 08 h 10

    5/10

    Personnellement je n'ai jamais réussi à apprécir les caricatures de Garnottes.

    • Edmond Rochette-Pelletier - Inscrit 10 novembre 2014 09 h 44

      On en prend note monsieur Marcil.

  • Claude Wallet - Abonné 10 novembre 2014 12 h 20

    Garnotte

    Pour ma part, je tiens M. Garnotte pour un caricaturiste de tout premier plan, au niveau des meilleurs de la presse internationale. Le trait acéré dans la caricature, se combinant avec des textes souvent drôles, qui collent à l'actualité, forment un ensemble de grande qualité qu'on peut comparer favorablement, par exemple, à un Plantu du "Monde", un des maîtres du genre.

  • Claude Lemire - Abonné 10 novembre 2014 18 h 46

    … les reprises

    J'ai toujours bien apprécié les caricatures de Garnotte.

    Une chose que je déplore, c'est que lorsque monsieur Garneau s'absente pour des vacances bien méritées, on nous repasse ad nauseam d'anciennes caricatures en reprise. Ne pourrait-on pas donner sa chance à un jeune caricaturiste qui nous ferait rire ou sourire sur l'actualité immédiate pendant 2 ou 3 semaines ?

    Parfois, quelques fois, elles sont un peu d'actualité et tombent dans le mille. Mais la plupart du temps elles sont assez éloignées de l'actualité.

    On ne penserait jamais, pendant les vacances d'un journaliste, à nous passer en reprise ses vieux articles !

    Claude Lemire

  • Dominique Durand - Inscrite 10 novembre 2014 21 h 45

    Faire rire?

    Les caricatures éditoriales sont des prises de position du journal, et non des gags pour faire rire le public.

    Le caricaturiste d'un quotidien a un patron, le rédacteur en chef, et il est mandaté chaque jour lors de la réunion du comité de rédaction, à laquelle il participe, selon une intention éditoriale bien précise qui engage la responsabilité du journal.

    Une caricature éditoriale n'est pas un cartoon. C'est un éditorial en soi, et c'est pour cette raison qu'elle paraît toujours en page éditoriale.

    Il y a quelques mois, le caricaturiste Côté a personnifié une musulmane en train de se faire attaquer par un individu armé d'un bâton de baseball, avec à l'avant-plan le ministre Drainville disant au lecteur: Que voulez-vous, c'est lui qui mène!

    Jamais le ministre n'avait dit ça, mais hors de la province et à l'étranger, nous avons passé pour des racistes haineux et violents, cautionnés par le gouvernement du Québec.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 11 novembre 2014 14 h 09

      Vous dites l'évidence même, à savoir que la caricature est un éditorial en soi et un portrait comico-tragique accentuant une réalité politique, usant souvent de l'humour noire pour susciter une réaction, la réflexion, faire jaser, tout comme les articles publiés dans la seciton éditorial. Une caricature jugée hors de son contexte n'a aucune signification, aucune vie. Or, en décrivant la caricature de M. Côté, sans fournir le contexte, vous êtes injuste envers le caricaturiste.

  • Roland Guerre - Inscrit 11 novembre 2014 03 h 37

    Lego et zoo

    Saluons la contribution de sire Garnotte, fin observateur du lego politique, chantre de la biodiversité qu'il enrichit par son extraordinaire zoo.