Laurence Lola Veilleux partie en chasse

Photo: Docent Joyce CC

« Ouvre les yeux que je t’invente un nom », dit la poète à la femme vive et chercheuse de sens, ce qui pourrait bien résumer le but ultime qui motive cette jeune auteure d’à peine 20 ans, elle qui nous propose un premier recueil solide, écrit dans le vif du corps meurtri, dans la révolte qui prend la vie à bras-le-corps. Le titre de Chasse aux corneilles se réfère à La corneille, poème de Gaston Miron, cité dans le texte. Si l’année 2013 fut celle d’une belle découverte avec Michaël Trahan et son Noeud coulant (Le Quartanier), cette année 2014 pourrait bien être celle de Laurence Lola Veilleux, qui fait une belle entrée en poésie. « Laissez la mollesse des femmes aux oiseaux », nous dit-elle afin de les regarder de plein fouet, d’atteindre au vif une langue qui la convie à la conscience d’être et dans une parole souvent singulière, proche (mais autrement) d’une Josée Yvon qui fut, par bien des côtés, une ouvreuse de consciences.

Des prénoms de femme donnent leur titre aux parties du recueil, avec un subtil hommage à Claude Gauvreau et à sa Ragamuche (« je t’exploréais », dira-t-elle au détour d’un poème), convient les lecteurs à suivre cette amazone qui piste les maux du corps et de l’esprit, rameutant une radicalité assumée.

Le piège de Saint-Benjamin

Les textes ramènent la poète aux « vêtements roses » honnis de son enfance, au « gerbillage », à cette sensation de vomir constamment sa condition, les fèces s’avérant souvent la seule preuve extérieure de sa propre existence. Violence sourde du souvenir quand on se rappelle « la taille des queues mieux que du son des voix ». Sans compromis, donc, ce retour à la chair.

Bête de proie, la jeune auteure s’extirpe littéralement du piège de Saint-Benjamin, son village natal, dont les « baraques centenaires / camouflent des arcanes mortuaires ».

Et c’est le ventre vide, vide de tout le fiel et du mal confit qu’elle cherche à mourir : « il y a ici quelques grabuges ficelés / de fillettes périmées ». « J’étouffe à connaître le bruit du monde », dit-elle encore.

La difficile quête pour trouver sa voie l’égare, alors que c’est « froid à l’intérieur des os / froid au centre des cuisses ». Elle se transforme en itinérante des chemins de traverse : « J’étends mes ongles sur la terre brûlée / gratte ma peau raide d’enfance // je survis aux mémoires / restes d’oiseaux liquides. » Le tourment trouve pourtant les mots qu’il faut pour surligner de rouge les béances troublées d’un mal profond, d’une mauvaise enfance accablée de lucidité. La jeune auteure chassée et proie, chasseresse et parlante, s’incarne au plus près du cri : « Ma voix grelottante entre les racines / je parle dans le vide / la bouche en cerceaux va / du vide aux larmes / sans réplique droite », mais cette voix touche pourtant au but de dire la vie la plus crue, la plus sauvage.

Laurence Lola Veilleux, Poètes de brousse, Montréal, 2014, 68 pages

Chasse aux corneilles