Bienvenue à Mariposa, Stephen Leacock

Mariposa n’a jamais existé. Du moins pas sous cette appellation. Stephen Leacock l’a imaginée. Ce serait une petite ville ontarienne d’à peu près 5000 habitants. On y vit au début du vingtième siècle plutôt agréablement. On y est borné, mais sans excès, on y épouse les préjugés de l’époque avec un bel entrain, on y enfreint les règles de la démocratie avec une conscience empreinte des principes les plus démocratiques, bref on se débrouille comme on peut. Si on le quitte, ce patelin, pour Toronto ou New York, on ne l’oublie pas pour autant. On y revient, « après ce temps passé à amasser de l’argent dans la grande ville », le coeur ému. La peinture que fait Leacock de ce bled a le charme des évocations d’une réalité évanouie. Les personnages qu’il recrée sont plus vivants que nature, tendres dans leur bêtise, leur rouerie. Les illustrations de Seth, l’auteur de bande dessinée, accompagnent fort adroitement ce roman du grand humoriste canadien. Point n’est besoin de savoir qu’il était opposé au vote des femmes et qu’il voyait d’un mauvais oeil une immigration canadienne qui n’était pas d’origine britannique. Ces réalités relèvent de l’histoire littéraire. Des broutilles. Compte plutôt l’art d’un écrivain, maître de l’esquisse.

Bienvenue à Mariposa

Stephen Leacock, traduit de l’anglais par Thierry Beauchamp, Wombat, Paris, 2014, 255 pages