Auteure, professeure, autant d’erreurs, selon l’Académie française

L’Académie française a rappelé, la semaine dernière à la suite d’un incident à l’Assemblée nationale, sa position sur la féminisation des noms. Si l’institution, qui statue depuis 1635 et ne compte toujours que huit femmes parmi ses 40 membres — la première ayant été nommée 350 ans après la fondation du cercle des Immortels — accepte les artisane, postière, avocate et aviatrice, c’est qu’ils sont de formation correcte et que l’emploi les a imposés. Par contre, les recteure, ingénieure et consorts sont aux yeux de l’Académie « contraires aux règles de dérivation et constituent de véritables barbarismes ». Leurs oreilles, au Québec, siffleraient. L’Académie a aussi rappelé sa position, prise en 2002, sur le refus de la « féminisation systématique. »

15 commentaires
  • Jean-François Allard - Inscrit 22 octobre 2014 00 h 41

    Pour une langue fourchue...

    Et qu'en pense notre ami Dany ?

    Es-tu des nôtres Dany ?

    • Johanne St-Amour - Abonnée 23 octobre 2014 09 h 43

      Espérons que Dany Lafrenière saura faire changer les mentalités crispées de ces immortels. La modernité n'a pas traversé cette Acadamie, ce qui y amène un sexisme non avenu.

  • gaston bergeron - Abonné 22 octobre 2014 09 h 32

    Ce cercle de vieux copains crispés

    ...ne compte même pas un linguiste.

  • Michel Vallée - Inscrit 22 octobre 2014 09 h 38

    Genre grammatical et genre sexuel

    C'est que les tenants de la rectitude, en dépit du bon sens, confondent le genre grammatical d'avec le genre sexuel...

    • Jean Richard - Abonné 22 octobre 2014 10 h 57

      Exact !

      Jusqu'à preuve du contraire, les objets n'ont pas de sexe, pas plus que les actions. À vouloir croire le contraire on pourrait en arriver à des questions on ne peut plus fantaisistes ou pire, déclencher l'envie de pousser encore plus loin la rectitude politique.

      Imaginons un peu... Pourquoi le salon et la cuisine ? Se pourrait-il que le salon soit surtout destiné aux hommes et la cuisine aux femmes ? Idem pour le lit et la table, le fauteuil et la chaise. On pourrait même y voir une forme de machisme là où les Québécois préfère dire un char plutôt qu'une voiture. Étrange toutefois qu'on entende souvent « une avion et une autobus ». On aurait pu en profiter pour en normaliser l'usage québécois du genre féminin pour ces moyens de transport, sachant qu'il y a maintenant des commandantes de bord et des chauffeures.

      Mais le genre des mots n'est pas, dans la majorité des cas, relié au sexe. Dans les langues romanes, il n'y a pas de neutre à proprement parler, mais il y a le genre invariable (qui peut s'accompagner de déterminants ou d'adjectifs différenciés sans changer d'orthographe), ce qui revient un peu au même. La sexualisation du genre grammatical n'est pas d'origine linguistique mais bien politique.

      Évidemment, ça n'excuse pas les académiciens français de vouloir à tout prix entretenir les toiles d'araignées qui entourent leur institution.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 octobre 2014 12 h 07

      Monsieur Vallée,
      Je me souviens d'un texte allant dans votre sens, d'un homme dont l'épouse avait été ambassadeur, disait-il, puis qu'en français, le titre d'ambassadrice est réservé à l'épouse d'un ambassadeur. J'en concluais qu'il aurait fallu l'appeler monsieur l'ambassadrice... J'imagine que rien dans cette appellation ne vous rebute.

  • Jacques Cameron - Inscrit 22 octobre 2014 09 h 38

    L'immortelle bêtise.

    Une langue qui possède un avenir est créatrice et s'adapte au changements nécessaires ''a contrario'' de cette auguste assemblée dite immortelle de vieux croutons. C'est la bêtise qui est vraiment immortelle. Pendant ce temps, l'anglais, qui est libre de toute académie, prospère à qui mieux mieux. Wow!!!
    Je suggère qu'on réécoute la chanson de Félix Leclerc ''Tirelou'': J'étais à Paris il y a deux ans à peine Tirelou...

  • Jean Richard - Abonné 22 octobre 2014 10 h 24

    Les règles de dérivation ?

    On a d'un côté le plus parfait symbole d'un conservatisme, n'ayons pas peur des mots, constipant et de l'autre, une politisation de la langue.

    La féminisation des mots, version féministe québécoise, a quelque chose d'un peu incohérent et souvent inutile. Pourquoi fallait-il à tout prix féminiser auteur alors qu'enfant restait invariable ? Les fillettes n'ont-elles pas droit au statut féminin ? Ou sinon, en français comme avec les autres langues romanes, on fait usage de déterminants. Si le déterminant suffit avec enfant (un enfant blond, une enfant blonde), pourquoi était-il inapproprié avec auteur (un auteur réputé, une auteur réputée) ? Le castillan, autre langue d'origine romane, a son niño et sa niña, l'italien son bambini et sa bambina.

    Autre incohérence qui ne facilitera pas la tâche des enfants dans leurs dictées, pourquoi auteur devient-il auteure alors qu'acteur devient actrice ? Pourquoi recteur et recteure alors qu'on a directeur et directrice ? Et tant qu'à compliquer les choses, pourquoi les pronoms personnels n'ont-ils de genre qu'à la troisième personne ?

    Le français avait besoin d'une réforme de l'orthographe (comme celle assez bien réussie du castillan il y a plusieurs années), pas d'une réforme féminocentriste.

    Du côté de la conservatrice Académie française, on peut s'interroger sur les soi-disant règles de dérivation. Les règles de grammaire, faut-il le rappeler, sont d'abord et avant tout dictées par l'usage commun. Le français a maintenant ses auteurs et auteures : or le castillan, langue cousine du français, a ses autores y autoras et une autre cousine, l'italien, a ses autore e autrici. Incidemment, le français a auteure et actrice, le castillan autora y actriz et l'italien autrice e attrice.

    Enfin, il existe dans ces langues cousines du français des mots invariables en genre, mais faisant usage d'un déterminant qui s'accorde. En castillan, on emploiera el periodista (journaliste) pour un homme et la periodista pour une femme.

    • gaston bergeron - Abonné 22 octobre 2014 12 h 19

      « Enfant » est un générique. Le français a en outre « garçon » et « fille » ou « garçonnet » et « fillette » et aussi « bambin » et « bambine ». Ce n'est pas assez?
      Des exceptions? Il y en a dans toutes les langues, car justement une langue est un système de communication cohérent mais qui, en outre, prend en compte le vécu expérientiel, comme disent les psychomécaniciens de la langue. Ainsi, ne cherchons pas la logique dans toutes les formes car plusieurs agents dont l'histoire et les événements, les assonances fâcheuses, les conflits homonymiques ou phonétiques, les goûts, les modes, l'usage, etc. ont joué dans la structure et ont introduit des « discordances » lexicales ou morphologiques. Il faut savoir cela et apprendre les écarts.
      Lire à ce sujet: 1) Les rectifications de l'orthographe, Conseil général de la langue française, 1994.
      Quant aux cas de « faux féminins » en « e », ils sont le fait simplement en langue courante d'une systématisation du « e » comme marque du féminin dans la foulée de la pourtant juste revendication des femmes qui prenaient possession avec raison des noms de profession au masculin que s'étaient réservés les hommes. Ex. La soudeuse était une machine à souder. En somme ces cas de féminins « discutables » demeurent rares (moins de 10).
      À lire : Avoir bon genre à l'écrit, Office québécois de la langue française, P. Vachon-L'Heureux et Louise Guénette.

    • Jacques Cameron - Inscrit 22 octobre 2014 13 h 03

      Bravo M. Bergeron, en effet il n'y a pas de logique absolue dans aucune langue comme les tentatives des systèmes de traduction robotisés en ont fait la preuve. On peut même dire que les langues ont leurs raisons que la raison ne comprend pas. Mais il y aura toujours des ''crontrol freaks'' pour vouloir contrôler l'incontrôlable et discuter interminablement du nombres d'anges qui peuvent tenir sur une tête d'épingle. Et pour ce qui est de politiser la langue, la politique fait partie du ''vécu expérentiel'' ( quel jargon indigeste comme si vécu n'était pas synonyme d'expérience!!!) et il est donc normal qu'elle influence une langue comme tous les autres ''vécus expérentiels''.
      Pour ma part, je ne suis pas un linguiste mais un salaud de poète qui se sent entièrement libre des dictatures linguistiques.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 23 octobre 2014 09 h 51

      Féminocentriste, dites-vous, M. Richard? Votre affirmation semble cacher une certaine peur de l'affirmation des femmes dans l'espace public notamment au sein de la langue même. Pour traduire la réalité des femmes, il est important que la langue s'adapte à ces changements qu'est, enfin, leur appropriation de leur part de pouvoir.

    • Philippe Jean - Inscrit 23 octobre 2014 11 h 25

      La langue est politique, qu'on le veuille ou non. Ne pas féminiser est aussi un geste politique...