Les mots sans les choses, Éric Chauvier

Dans cet essai sur les mots sans les choses, l’anthropologue Éric Chauvier traque le « langage malade » dans ses différents territoires et contextes : le forum, la ville, l’expérience personnelle, chez les spécialistes, les penseurs, les politiciens et dans les médias. Il trace les contours de cette « psychopathologie du langage ordinaire » dans un style imagé, frondeur, souvent drôle et très personnel, émaillant ça et là sa démonstration d’exemples tirés de sa propre vie, de gens rencontrés au hasard. « Doit-on accepter ce mot, “hystérique”, pour désigner cette femme à la voix forte ou celui-ci, “paranoïaque”, au sujet de cet homme qui cligne excessivement des yeux ? » Chauvier jette un regard critique sur l’héritage laissé par les penseurs des sciences sociales qui ont, tour à tour et souvent sans le vouloir, joué un rôle dans cet état de langage déconnecté du vécu. L’anthropologue fait le constat d’une aliénation de la pensée dont souffre la société d’aujourd’hui à travers un langage vidé des nuances de l’expérience, tétanisé par les sphères savantes productrices de « fictions théoriques » et de « concepts certifiés ». Les mots sans les choses invite son lecteur à la vigilance et lui suggère des pistes pour un « désenvoûtement », rappelant que parler précisément est « un acte politique fondateur ».

Les mots sans les choses

Éric Chauvier
Allia, Paris, 2014, 128 pages