Hervé Bouchard, passages dans le mineur

Hervé Bouchard
Photo: Jean-François Nadeau Hervé Bouchard

L’auteur de Mailloux et de Parents et amis sont invités à y assister (tous deux au Quartanier), né à Arvida en 1963, s’offre un intermède avec Numéro six, petit livre nostalgique et personnel sur l’enfance et l’adolescence. Un livre mineur, peut-être, mais suffisant pour transformer en mythe une fois de plus son bout de pays, les petits riens d’un monde englouti, une enfance disparue.

Sous-titré « Passages du numéro six dans le hockey mineur, dans les catégories atome, moustique, pee-wee, bantam et midget ; avec aussi quelques petites aventures s’y rattachant », Numéro six est plus autobiographique et moins incantatoire que les précédents ouvrages de l’auteur. Le hockey est un prétexte pour regarder derrière et lui sert de basse continue pour organiser ses souvenirs.

Pensée en mouvement

Si la matière n’a pas la densité habituelle, la manière du « citoyen de Jonquière », elle, reste la même : utiliser le moteur de la parole et la force des aveux. Et c’est davantage qu’une affaire de style. Ou peut-être pas. Sachant que le vrai style en littérature est aussi de la pensée en mouvement. Cette manière lui sert ainsi à court-circuiter l’ordinaire et le quotidien.

Hervé Bouchard, sans nier ce qu’il doit à des auteurs comme Bernhard, Céline, Novarina, Beckett et Mallarmé, s’alimente à l’énergie contagieuse d’une parole souveraine.

Ce qu’on y croise : le souvenir de son père qui lui attache ses patins (« Lacets si longs dans un croisement si serré que j’ai du mal à avaler »), les nombreuses heures à pratiquer son lancer frappé contre le mur de la maison, la litanie des surnoms de tout un chacun, ses cheveux longs « qui frisent comme ceux de Bobby Clarke », sa première blonde. Ses parents, le « Grand chef montreur des choses du monde » et la « naine captive », traversent ce livre narré au « Je » comme des silhouettes un peu floues, semant une légère touche d’inquiétude.

Il n’y a qu’un jet de pierre de Jonquière à Arvida. Distance que franchit Hervé Bouchard, drôle et touchant, pour aller rejoindre un temps Samuel Archibald sur le terrain de la culture populaire. Cartes de hockey, pick-ups et cylindres, « bonhommes » en tous genres et hot-dogs d’aréna. « J’ai porté le numéro six sans savoir que ça comptait », écrit-il. Mais ce qui compte dans son « dire qu’on voit », c’est assurément cette nostalgie heureuse de celui qui se rappelle avoir découvert le plaisir d’être « seul dans le bruit sourd et la dépense aveugle ».

Devenu adulte, l’homme a échangé une immersion pour une autre. Et c’est dans le jeu de l’écriture qu’il se fond maintenant, pour son propre bonheur et le nôtre. « Se jeter dans le jeu et y trouver la joie de disparaître à soi-même, je me suis dit, c’est ça, l’attrait des choses que nous faisons. »

Numéro six

Hervé Bouchard Le Quartanier Montréal, 2014, 176 pages

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