La dernière fête, Gil Scott-Heron

On peut lire ces « mémoires » de différentes façons. L’amateur de musique soul verra défiler avec intérêt des figures aussi incontournables que Stevie Wonder et Bob Marley. Bien évidemment, le créateur du tube The Revolution Will Not Be Televised va au-delà de l’anecdote. Dans un style jamais très loin du langage parlé, il raconte comment il se destinait à devenir écrivain, la carrière de chanteur n’étant qu’une option qui s’est offerte à lui. Le récit de son entrée à l’université en dit long sur le racisme qui avait alors cours dans ce milieu. Le ton direct et imagé de l’auteur vient régulièrement rehausser l’intérêt du lecteur. Il parle, par exemple, du « grenier vide de sa tête », il dit qu’il est « un réfugié de l’école des clowns ». Il est effrayé par son éternel penchant pour la solitude, mais ne le déplore pas tellement. Ce livre, publié à titre posthume, réunit des textes dont la rédaction s’étale sur une vingtaine d’années. Gil Scott-Heron a vite connu un mode de vie dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne favorisait pas le travail de l’écrivain en lui. Les tournées, le recours aux stupéfiants n’ont rien amélioré. Reste un petit livre attachant, drôle souvent, émouvant en partie, qui nous rappelle, si besoin il y avait, la difficulté d’être noir aux États-Unis. Pour peu qu’on prise le ton libertaire, une aubaine.

La dernière fête

Gil Scott-Heron Traduit de l’anglais par Stéphane Roques Éditions de l’Olivier Paris, 2014, 303 pages