L’humanité côté grégaire

Le dernier Timothé Le Boucher propose une incursion dans le vestiaire des garçons d’une école secondaire, juste avant un cours d’éducation physique.
Photo: Timothé Le Boucher La boîte à bulles Le dernier Timothé Le Boucher propose une incursion dans le vestiaire des garçons d’une école secondaire, juste avant un cours d’éducation physique.

Il y a quelque chose de fascinant dans le dessin de Réal Godbout, un des pères de la série culte québécoise Michel Risque, qui évolue depuis des années dans le monde du 9e art avec un trait bien à lui. Un trait schizophrène, alliant assurance, maîtrise et finesse avec des visages aux regards improbables et des postures troublantes d’innocence. Mi-mature, mi-instable. Paradoxal, quoi !

 

La tonalité graphique était taillée sur mesure pour occuper les champs droit et gauche du produit dérivé qu’est La gang des hors-la-loi, récit dessiné qui s’inspire du film pour la jeunesse portant le même titre et que Jean Beaudry, André Melançon et Lance Woolaver viennent de mettre au monde au grand écran. L’objet nourrit les « Contes pour tous ». On trouve bien sûr derrière le nom de Rock Demers.

 

La transposition sur papier est assurée par Godbout au dessin, avec la complicité du comédien Frédéric Desager au texte, qui nous amène au coeur de ce village du Québec maritime où un groupe de jeunes va grandir très vite, le temps d’un été, face à l’adversité. L’histoire est connue : une mairesse pas fine veut transformer le terrain de baseball du coin en dépotoir. Les enfants du village vont se mobiliser pour protéger cet espace sportif. David contre Goliath, avec points et coups sûrs.

 

Le résultat est à la hauteur de la matière première qui guide ce récit parallèle inspiré par un film, avec ces dialogues à la naïveté de circonstance et son scénario qui explore l’humanité dans sa face grégaire, certes, en empruntant surtout le chemin des bons sentiments et de la complaisance. C’est forcément approprié pour tous les publics, comme on dit souvent, pour ne pas avouer que tout cela n’a finalement été pensé que pour des jeunes, de moins de 15 ans, probablement.

 

Aujourd’hui, c’est «éduc»

 

Les vestiaires, du jeune bédéiste Timothé Le Boucher, est certainement moins discriminatoire, proposant une incursion dans le vestiaire des gars d’une école secondaire quelque part en Europe, juste avant un cours d’éducation physique. Les lieux ont été rénovés. Les couleurs laissent les élèves perplexes, tout comme les douches à aire ouverte qui sèment un peu l’angoisse dans le groupe d’ados.

 

Dans cette banalité d’un quotidien académique, Le Boucher tricote habilement, avec un graphisme assumé, un huis clos plutôt intrigant dans lequel un microcosme va, malgré lui, semaine après semaine, exposer la complexité de son humanité, la richesse de sa condition tout comme la beauté de sa logique sociale, celle où un individu va se définir par rapport à un groupe tout en cherchant à le rejeter.

 

Il y a le beau, le timide, l’intimidateur, l’angoissé. Il y a l’humiliation, l’effet de groupe, les rites de passage et le vestiaire des filles juste à côté, qu’un petit trou dans le mur permet d’espionner. Il y a la prof d’éduc, sévère et détestée, les non-dits, les explorations identitaires. Et au final, il y a aussi et surtout un peu de nous tous dans ce récit dense qui arrive au fil des pages à faire entrer toute l’universalité des rapports humains dans l’espace confiné d’un vestiaire. Brillant !

Les vestiaires

Timothé Le Boucher La boîte à bulles Antony, 2014, 128 pages

La gang des hors-la-loi

Frédéric Desager et Réal Godbout Bayard Canada Montréal, 2014, 48 pages