La pensée d’un Papineau oublié

Gustave Papineau, fils de Louis-Joseph
Photo: Studio Notman Son Gustave Papineau, fils de Louis-Joseph

On connaît Louis-Joseph Papineau et, grâce aux inédits en cours de publication, son fils Amédée. Dans l’anthologie Gustave Papineau. Une tête forte méconnue, Georges Aubin et Yvan Lamonde révèlent les écrits d’un autre fils du chef des Patriotes, continuateur de sa pensée au point de traiter beaucoup d’anciens progressistes de 1837 de renégats « ventrus ».

 

Dès 1849, dans le journal montréalais L’Avenir, organe officieux des Rouges, jeunes libéraux radicaux héritiers de l’esprit des Patriotes, Gustave Papineau (1829-1851), qui mourra bientôt de rhumatisme inflammatoire à l’âge de 22 ans, s’en prend à des hommes politiques, comme Louis-Hippolyte La Fontaine, Wolfred Nelson et George-Étienne Cartier. Il les accuse d’avoir délaissé la lutte de libération collective pour « des places et de l’argent ».

 

Le jeune homme, dont les chercheurs ont réuni la correspondance, les conférences et un choix d’articles publiés dans L’Avenir, pressent, avec clairvoyance, que les nombreuses compromissions des revendicateurs d’hier, devenus simples réformistes, finiront par donner corps, en 1867, au projet conservateur de Cartier et de John A. Macdonald : la Confédération.

 

Le journaliste reproche à ceux qui acceptent de vivre sous la monarchie britannique d’« enraciner dans le sol canadien les institutions liberticides et arriérées du système colonial ».

 

On pourrait imputer à la fougue de la jeunesse les termes virulents qu’il emploie pour décrire l’hostilité des bien-pensants à son utopisme, qui lui fait voir son pays passer, un jour, « à l’état d’indépendance » en s’intégrant à une « colossale République du Nouveau Monde ».

 

Malgré l’impétuosité propre à son âge, Gustave Papineau manifeste une maturité précoce qui se traduit par un sens aigu de la modernité. Pour expliquer son renvoi, en 1848, du petit séminaire de Saint-Hyacinthe, on invoque, entre autres, sa défense, contre la doctrine contraire d’un professeur, du droit d’un peuple de se révolter contre la tyrannie ou le fait de passer à ses condisciples les oeuvres érotiques et voltairiennes du poète français Parny.

 

C’est surtout en s’inquiétant, comme Hugo, de la peine de mort, en adhérant à l’esprit de la révolution de 1848, qui, à partir de Paris, ébranle l’Europe en suscitant, contre les monarchies et les empires, un « printemps des peuples », qu’il se montre à la fine pointe d’une nouvelle sensibilité internationale. Il le prouve lorsqu’il fait siens les mots de Lamartine, tirés de Graziella (1849) : « Il n’y a pas une âme de vingt ans qui ne soit républicaine. Il n’y a pas un coeur usé qui ne soit servile. »

 

Pour notre Montréalais lucide, nos transfuges bornés du progressisme de 1837 sont plus attachés au lien colonial que les libéraux de Londres. Aussi Gustave Papineau est-il un éclair moderne dans notre nuit provincialiste.

Gustave Papineau Une tête forte méconnue

Textes présentés par Georges Aubin et Yvan Lamonde Presses de l’Université Laval Québec, 2014, 300 pages

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