On s’en va en pays de poésie

France Boisvert propose d’explorer un chemin poétique dans Vers Compostelle, aux Heures bleues.
Photo: Antoine Char France Boisvert propose d’explorer un chemin poétique dans Vers Compostelle, aux Heures bleues.

Un curieux thème nourricier nous convie à table cette saison. Ainsi devrons-nous réfléchir sur ces Jours de grand appétit qui intéressent Marie Aude Laperrière aux Herbes rouges, dont nous ne savons rien encore, mais qui nous mèneront sans doute à Mathieu Boily qui, au Quartanier, nous préparera un Coeur tomate ! Les « choses », là, s’offriraient « un poète moulu », sans doute comme « une tomate de nuit nu »… Après, on verra à bien finir le repas avec l’Orange sanguine de Laure Morali chez Mémoire d’encrier, elle qui, selon l’éditeur, « plonge à l’intérieur des saisons pour en extraire le jus ». Le plus extrême sera de nous colleter à David Goudreault qui, aux Écrits des Forges, nous apprendra comment S’édenter la chienne, poète pour lequel « exister en caractère gras / est capital », « le poème brisé à la gencive ». Est-ce à cause de cela que Bertrand Laverdure, dans son Rapport de stage en milieu humain, chez Triptyque, nous précise être confronté aux « tendinites de langue » ? Dans La fille peinte en bleu, toujours aux Écrits des Forges, Laure Cambau, quant à elle, nous confie : « Je me nourris de musique grasse comme une oie ». C’est peut-être pour cette raison qu’elle confesse : « J’ai mis mes yeux dans la prise électrique et me suis endormie », ce qui nous inquiète un peu, en fait. À table donc, tout le monde.

 

Des livres phares

 

Au Noroît, il faut compter dès maintenant avec la talentueuse Martine Audet qui se lance Tête première dos contre dospour accéder à la vérité qui la mène « entre crainte et ravissement ». Nous ouvrirons avec délicatesse le Catalogue affectueuxde Normand de Bellefeuille dans lequel il prétend que Le poème est une maison de long séjour, le poème étant, pour lui, précisément « piano cadencé / et voix querelleuse ». Nous y retrouverons aussi la trop rare Monique Deland, pour qui La nuit tous les dieux sont noirs, moment propice pour assister à la représentation du monde dans « un théâtre, qu’on avait construit au bout d’un train ». Nous trouvons déjà, toujours au Noroît, un récit-poème de Jacques Rancourt, natif de Lac-Mégantic, qui propose Quarante-sept stations pour une ville dévastée consacré aux événements dramatiques que l’on sait.

 

Récit poétique également que cette proposition de France Boisvert d’aller Vers Compostelle, aux Heures bleues. À la Peuplade, Isabelle Gaudet-Labine nous mènera, quant à elle, en Pangée, territoire de réconciliation. La très grande France Théoret nous ouvre L’été sans erreur à l’Hexagone, où nous retrouverons Jean Royer et Le poème debout, vivant vigilant. Aux Poètes de brousse, je retiens surtout le nouveau François Guerrette, jeune poète admiré déjà, qui nous affirme que ses Ancêtres reviendront de la guerre afin de « garder ouvertes les paupières » devant les barbaries.

 

Josée Yvon, peut-être?

 

L’événement autour de Josée Yvon que les Herbes rouges ont annoncé pour le printemps dernier devrait avoir lieu cet automne. On verra. Voilà une maison qui a cette curieuse habitude de ne pas toujours respecter ses échéanciers. On espère aussi, après plusieurs années de promesses non tenues, la parution d’un premier tome de l’oeuvre complète de Denis Vanier. Ces livres devraient créer une vague d’intérêt nécessaire à ces oeuvres marginales et majeures de notre littérature.

 

Le tour exhaustif de toutes les parutions est impossible ici, mais une belle saison s’annonce.