Moissons étrangères

Pour se consoler de l’été qui s’achève, il n’y a souvent rien de mieux que de jeter un oeil à la moisson des fictions étrangères dont on pourra se nourrir au cours des prochains mois.

 

Et justement, tenez, parmi les titres les plus attendus de l’automne, Moisson, de Jim Crace (Rivages), devrait particulièrement retenir l’attention. Un roman au lyrisme puissant, semble-t-il, qui se situe entre le suspense et la fable politique. James Salter (Une vie à brûler) mettra fin, quant à lui, à un silence romanesque de plus de 30 ans avec Et rien d’autre (L’Olivier), qui nous plonge sur plusieurs décennies dans la vie d’un homme d’exception et les milieux de l’édition new-yorkaise. Dans Nos disparus (Seuil), l’Américain Tim Gautreaux, que certains surnomment le « Conrad des bayous », proposera une histoire de vengeance et de rédemption. À découvrir.

 

Siri Hustvedt (Tout ce que j’aimais) revient au roman avec Un monde flamboyant (Leméac/Actes Sud), dans lequel un professeur d’esthétique enquête sur une artiste plasticienne disparue, tandis que Rick Bass poursuit, quant à lui, son exploration topographique et humaine du territoire américain dans Toute la terre qui nous possède (Christian Bourgois).

 

Dans Fonds perdus (Seuil), qu’il campe à New York entre mars et septembre 2001, l’inimitable Thomas Pynchon plonge une inspectrice des fraudes dans un tourbillon romanesque mêlant Web profond et magouilles financières. À surveiller aussi : La vie volée de Jun Do (L’Olivier), dAdam Johnson, prix Pulitzer 2013, une « haletante épopée littéraire aux accents orwelliens », où l’on suit le destin d’un orphelin élevé sous la dictature de la Corée du Nord.

 

Avec Même si en fin de compte, on devient évidemment soi-même,
David Lipsky raconte un road trip qu’il a fait en compagnie de
David Foster Wallace (Au Diable Vauvert). Chez Gallmeister, deux titres de David Vann sont attendus (l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis étranger en 2010) : Goat Mountain, qui mêle habilement encore une fois tragédie mortelle et instincts primitifs, de même que Dernier jour sur terre, une réflexion sur l’auteur d’une tuerie aux États-Unis et le propre rapport de Vann avec les armes à feu.

 

Avec Aux portes de l’éternité (Robert Laffont), Ken Follett viendra clore la trilogie Le siècle. Dans Lady B (Buchet Chastel), l’auteure de Je sais pourquoi l’oiseau chante en cage, décédée cette année, Maya Angelou, explore sa relation avec sa mère. Et, du côté des classiques, Truman Capote et Saul Bellow auront chacun droit cet automne à leur gros volume de Quarto (Gallimard).

 

Du Canada anglais nous viendront notamment des nouvelles de la nobélisée canadienne Alice Munro, Rien que la vie (Boréal/L’Olivier), un roman d’anticipation de Margaret Atwood, MaddAddam (Robert Laffont) et un nouvel opus d’Andrew Kaufman (Tous mes amis sont des superhéros), Les Weird (Alto), portrait humoristique d’une famille déjantée.

 

Hors l’Amérique

 

Dans La patience du franc-tireur (Seuil), l’Espagnol Arturo Perez-Reverte mélange le thriller et les réflexions sur l’art urbain à travers la figure d’une sorte de Banksy radical. Le Colombien Juan Gabriel Vasquez, tout en explorant une fois encore le passé et l’Histoire, aborde les abus de l’opinion dans Les réputations (Seuil). Dans Menus souvenirs (Seuil), un inédit posthume, José Saramago évoque ses souvenirs d’enfance et d’adolescence. Aussi : Tout est silence, de Manuel Rivas (Gallimard), et Histoire d’un raisonneur (Christian Bourgois), des nouvelles policières de Fernando Pessoa.

 

Alors que Ferdinand Von Schirach, nouvelliste allemand de choc, s’essaie au roman avec L’affaire Collini (Gallimard), l’écrivain norvégien Karl Ove Knausgaard nous propose Un homme amoureux (Denoël), le deuxième volet de son ambitieux et touffu roman autobiographique, tandis que l’auteur de L’homme qui savait la langue des serpents, l’Estonien Andrus Kivirähk, revient avec Les groseilles de novembre (Le Tripode). Dans Marina Bellezza, l’Italienne Silvia Avallone raconte, semble-t-il avec brio, le destin de deux jeunes issus d’une petite ville du Piémont qui sont déchirés par la passion (Liana Levi). On jettera aussi un oeil sur un titre posthume d’Antonio Tabucchi, Pour Isabel (Gallimard).

 

Quelques Japonais seront également de la partie, dont Haruki Murakami avec L’incolore Tsukuru Taraki et ses années de pèlerinage (Belfond), Yoko Ogawa en mode poétique avec Petits oiseaux (Actes Sud), ainsi qu’une anthologie de six nouvelles inédites de YasunariKawabata chez Albin Michel. On en oublie forcément. Nous y reviendrons.