Traqué dans la Grosse Pomme

La schizophrénie peut prendre des visages étonnants. Mais rarement aura-t-elle permis à un tueur en série de vivre en même temps dans le Manhattan moderne que tout le monde connaît et la Mannahatta des Amérindiens de l’époque précoloniale. C’est dans cet improbable imbroglio que tombe, sans le savoir, bien sûr, le lieutenant John Tallow, du NYPD, alors qu’il répond à un appel d’urgence sur Pearl Street et que son partenaire, Jim Rosato, se fait défoncer le crâne par une décharge de fusil.

 

C’est que Tallow trouve par hasard, en faisant le tour des locataires de l’immeuble une fois la fusillade terminée, une sorte de sanctuaire truffé d’armes à feu de tous types, dessinant à travers toutes les pièces de l’appartement 3A une spirale maniaco-ésotérico-machin…

 

En faisant analyser au hasard quelques-unes des armes trouvées là, il se rend compte rapidement que toutes sont rattachées à un crime non élucidé : l’une d’elles est même le pistolet du tristement célèbre tueur en série Son of Sam… Au bas mot, John Tallow a débusqué plusieurs centaines de fusils, pistolets et revolvers en tous genres… et tout autant d’assassinats non résolus.

 

La nouvelle est accueillie plutôt froidement aux niveaux supérieurs du NYPD, on comprendra peu à peu pourquoi. Dans les faits, Tallow et les deux spécialistes scientifiques qu’on lui a accordés pour mettre tout cela au clair devront faire vite. Un ripou est impliqué et cherche à tout brouiller. Et surtout, voilà que « le chasseur » s’est mis sur la piste à travers des sentiers qu’il est seul à voir. John Tallow est devenu proie…

 

Tout cela est vraiment passionnant et il n’y a au fond qu’un seul petit truc agaçant : la traduction vraiment franco-française de Claire Breton, qui atteint parfois un niveau d’insupportabilité particulièrement étonnant. M’enfin… En prenant une grande respiration par le nez, on peut la plupart du temps continuer à se laisser emporter sur les ailes lourdes et sombres de ce truc bizarroïde à souhait.

  

Réédition

 

Pendant ce temps, Baker Street éditeur ressort un vieux truc de Robert Little sur la révolution russe. Yé. Le livre, fort intéressant, là n’est pas la question, a été publié en anglais en 1988 (The Revolutionist, Bantam Books) et traduit en français chez Julliard en 1989 sous le titre Les larmes des choses.

 

Les critiques avaient à l’époque été plutôt dithyrambiques, mais, comme le pauvre chroniqueur de polars arrive à peine à lire ce qu’il reçoit en service de presse, on va tout simplement vous dire que ce qui porte maintenant le titre de Requiem pour une révolution est un livre marquant et que si vous ne croulez pas sous le poids des arrivages de saison — et que la révolution russe vous intéresse — ce pourrait être une lecture de saison.

Gun Machine

Warren Ellis Traduit de l’anglais par Claire Breton Éditions du Masque Paris, 2014, 300 pages

Requiem pour une révolution

Robert Little Traduit de l’anglais par Julien Deleuze Baker Street éditeur Paris, 2014, 336 pages



À voir en vidéo