Des rivalités à l’introspection

Dans le monde, les expansionnismes causent de nombreux conflit, comme en Ukraine.
Photo: Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Dans le monde, les expansionnismes causent de nombreux conflit, comme en Ukraine.

Que ce soit la crise ukrainienne cristallisant la rivalité entre la Russie et l’Union européenne ou l’islamisme qui enflamme la Syrie et l’Irak, qui attise le conflit israélo-palestinien, la fièvre expansionniste sévit de plus belle. Aux PUF, deux ouvrages l’analysent : Géopolitique de l’Europe, de Gérard-François Dumont et Pierre Verluise, sur les luttes de pouvoir « de l’Atlantique à l’Oural », et Géopolitique du Printemps arabe, de Frédéric Encel, sur les heurts entre progressistes et intégristes du Maghreb au Proche-Orient.

 

En rééditant pour la première fois depuis 70 ans le tome ii (1915-1918) des Mémoires de la Grande Guerre, de Winston Churchill, Tallandier rappelle, grâce au témoignage de l’homme politique britannique, à quel point les visées hégémoniques s’inscrivent dans l’histoire. De son côté, Jacques Follorou, dans Démocraties sous contrôle (CNRS), signale le danger pour l’Occident de restreindre les libertés civiles en luttant contre cette géopolitique souterraine qu’est le terrorisme. Il voit là « la victoire posthume de Ben Laden ».

 

Devant ce monde encore aux prises avec la concurrence des expansionnismes, le futurologue américain Jeremy Rifkin expose, dans La nouvelle société collaborative (Les liens qui libèrent), le paradigme qu’il anticipe pour succéder au capitalisme : la convergence de phénomènes participatifs, comme les logiciels libres et l’économie sociale.

 

L’argent des autres, de l’économiste français Emmanuel Martin (Les Belles Lettres), stigmatise l’irresponsabilité qui règne sur les marchés financiers. Quant au livre prometteur Malcolm X, une vie de réinventions, de l’historien afro-américain Manning Marable, prix Pulitzer (M éditeur/Syllepse), il devrait apporter une dimension très humaine aux questions socio-économiques et politiques en tentant de percer le secret du plus radical des grands leaders noirs des États-Unis.

 

Kafka, Sade, Orwell

 

D’autres ouvrages à caractère historique attirent l’attention. Heidegger et l’antisémitisme, de l’intellectuel allemand Peter Trawny (Seuil), porte sur les Cahiers noirs qui, encore inédits en français, révéleraient la pensée antisémite profonde du philosophe, dont on connaissait déjà les liens avec le nazisme. Franz Kafka, poète de la honte, de l’historien israélien Saul Friedländer (Seuil), lève le voile sur la honte du corps éprouvée par l’écrivain, son sadomasochisme et son homosexualité.

 

Dans La passion de la méchanceté, sur un prétendu divin marquis (Autrement), Michel Onfray, habitué à la polémique, revisite Sade. Il se demande si le mythe de cet écrivain n’est pas la création d’Apollinaire et cherche le sens de l’oeuvre sadienne. À la faveur du 20e anniversaire de la mort de Guy Debord, on présente Les situationnistes, d’Éric Brun (CNRS), comme la première analyse sociologique du mouvement politique et artistique révolutionnaire créé par Debord en 1957.

 

Le siècle de Baudelaire, du poète et penseur Yves Bonnefoy (Seuil), essaie de montrer que la banalisation de l’incroyance incita Baudelaire à voir dans la poésie le lieu d’une nouvelle transcendance. Le fascinant pouvoir de la poésie, Will le magnifique, du critique américain Stephen Greenblatt (Flammarion), l’explore dans l’oeuvre de Shakespeare à l’occasion du 450e anniversaire de la naissance du dramaturge.

 

Livre dont près des deux tiers sont inédits en français, Une vie en lettres, correspondance (1903-1950),de George Orwell (Agone), rappellera sans doute que personne comme un écrivain ne peut suggérer tout le cynisme des expansionnistes qui, au nom d’une vérité politique contraire à une autre, ne cessent de déchirer le monde.

Trois essais attendus

Ce que l’argent ne saurait acheter, de Michael J. Sandel (Seuil). L’influent politologue de Harvard dénonce la marchandisation inédite de tant de choses par les spéculateurs.

Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, d’Élisabeth Roudinesco (Seuil). Grâce au travail d’une vie et à de nouvelles sources, l’historienne réinterprète la pensée d’un « romantique » très viennois.

Des fins du capitalisme, possibilités 1, de David Graeber (Payot). Le penseur d’Occupy Wall Street livre les fondements de sa réflexion anthropologique.