Une rentrée sans Renaud-Bray

Un conflit entre la chaîne de librairies Renaud-Bray, qui compte une trentaine de succursales au Québec, et le diffuseur Dimedia fait rage depuis le printemps.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Un conflit entre la chaîne de librairies Renaud-Bray, qui compte une trentaine de succursales au Québec, et le diffuseur Dimedia fait rage depuis le printemps.

Un conflit commercial oppose depuis le printemps Renaud-Bray, principale chaîne de librairies au Québec, et Diffusion Dimedia, le « plus petit des gros distributeurs de livres ». Le premier aurait changé unilatéralement ses conditions d’affaires pour des termes inacceptables aux yeux de Dimedia. Résultat : Dimedia a cessé de livrer le 15 avril dernier à Renaud-Bray les nouveautés dont il est responsable. Le point sur une empoignade commerciale aux contrecoups littéraires.

Depuis la demande d’injonction de Dimedia, déboutée, les négociations entre ces joueurs majeurs du marché du livre n’ont pas repris. Renaud-Bray n’est pas revenu sur sa décision de changer les termes du remboursement des titres invendus, et a cessé le paiement de ses comptes. La somme de 96 447 $ due en avril atteindrait maintenant les 700 000 $, selon Dimedia. Les librairies auraient pourtant continué à retourner des invendus à l’entrepôt.

 

Diffusion Dimedia est restée sur sa position et ne fournit plus les livres, préparant ses dossiers juridiques tout en souhaitant plutôt une résolution par négociations. « On a au moins un an devant nous » avant d’arriver devant les tribunaux, a indiqué Serge Théroux, copropriétaire, en entrevue, « mais on aimerait mieux que ça se règle autrement ». Le diffuseur, sinon, cherchera à démontrer que Renaud-Bray s’est livré à l’importation illégale de livres, tout en allant parallèlement réclamer sa créance.

 

Un pour tous ?

 

Dimedia se dit prêt à tenir l’embargo jusque-là. « On n’a pas le choix, estime Pascal Assathiany, autre tête de l’entreprise. Si on cède, on n’a qu’une solution : se retourner vers les éditeurs, qui vont devoir assumer le manque à gagner. On est tous interdépendants, dans la chaîne du livre. Blaise Renaud [p.-d.g. de Renaud-Bray] nie cette interdépendance. »

 

Pour Serge Théroux, l’analyse actuelle est « que les gens qui veulent un livre vont l’acheter là où il est. Des indépendants nous disent avoir récupéré des collectivités [les ventes aux bibliothèques] ou avoir vendu plus de Métis Beach (Boréal). Pour nous, 30 librairies indépendantes, c’est l’équivalent de 30 Renaud-Bray ».

 

Pascal Assathiany, aussi directeur des éditions Boréal, indique qu’aucun auteur chez lui n’a revisité son contrat afin d’attendre la fin du conflit pour voir son livre publié. Il n’aurait pas non plus changé ses plans éditoriaux. Les autres éditeurs diffusés par Dimedia seraient également prêts à tenir bon. « Ils voyaient depuis longtemps que Renaud-Bray se désengageait du travail de librairie de fonds. Renaud-Bray a déjà évolué vers le magasin plutôt que la librairie. Les livres, c’est en librairies qu’ils s’épanouissent. »

 

Le discours, pourtant, lorsqu’on parle un à un aux éditeurs concernés, est beaucoup moins monolithique. La plupart précisent que Renaud-Bray est un acteur essentiel, une chaîne de librairies dont tout le milieu a besoin et qu’il ne faut pas diaboliser. Pour certains genres littéraires, Renaud-Bray apporte jusqu’à 50 % des ventes à une maison — alors que Dimedia parle de 20 à 25 %, en moyenne, de ses ventes de livres. D’autres encore, sous cape, admettent qu’ils se sont fixé une date butoir, et qu’ils changeront de diffuseur si le conflit se poursuit au-delà. D’autres encore, au contraire, se demandent si « Renaud-Bray n’est pas en train de nous prouver qu’on peut se débrouiller sans lui ».

 

Comme la cause est toujours devant les tribunaux, Blaise Renaud a préféré ne pas répondre aux questions du Devoir sur l’état des lieux. « Nous déplorons toutefois que des éditeurs et des auteurs soient pénalisés dans ce conflit », a tenu à préciser le p.-d.g. de Renaud-Bray.

 

L’union des écrivaines et écrivains du Québécois, l’Association des libraires du Québec et l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française ont toutes souhaité, par communiqué, une résolution du conflit, qui menace l’équilibre de l’écosystème du livre.

2 commentaires
  • Gil France Leduc - Inscrite 27 août 2014 16 h 55

    Ice bucket

    Quand même étonnant que tous ces auteurs, si prompts à répondre au défi de se verser un sceau d'eau glacée sur la tête, soient si muets devant cette situation.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 28 août 2014 09 h 30

    Vive le livre numérique

    Tanné de me faire exploité par des intermédiaires aussi inutiles que Dimedia et autres rapaces, je me suis procuré une liseuse électronique. Un exemple: un livre en format papier publié par la maison d'édition Dunod qui se vend au Québec en librairie environ 55$ (taxes incluses), je peux me le procurer pour 27$ en format numérique. À ce prix-là, ma liseuse sera payée avec les économies de 4 à 5 livres et elle peut en contenir jusqu'à 30 000 ...