Quelle famille!

On ne choisit pas vraiment sa belle-famille… et Joe Pickett n’arrive même pas à cacher à quel point il ne peut plus supporter sa prétentieuse belle-mère, Missy (Vankueren Longbrake) Alden. Mais peut-être devra-t-il réévaluer sa position puisque voilà que la mère de sa Marybeth et la grand-mère de ses filles est accusée du meurtre de son milliardaire et promoteur de mari, Earl Alden.

 

C’est Joe lui-même qui décroche le corps de la pale d’une immense éolienne perchée sur les contreforts des Bighorns ; tout de suite, il saisit la valeur horriblement symbolique de la mise en scène. Le parc d’une centaine d’éoliennes est au coeur de cette affaire, le garde-chasse le devine tout de suite. Sauf que Joe n’a aucune juridiction sur ce « territoire » et que le shérif arrive rapidement sur les lieux pour le lui rappeler. C’est donc en sourdine et pour apaiser la conscience de sa femme qu’il se mettra à enquêter discrètement afin d’innocenter la chère Missy.

 

Il trouvera beaucoup de choses ; beaucoup plus que le shérif qui se contente d’une dénonciation sans pousser plus loin l’enquête. Son témoin clé est solide : il affirme avoir été contacté par l’accusée pour commettre le meurtre. Devant son refus, elle serait passée aux actes…

 

Au-delà des mises en scène, des préjugés et des comportements plus ou moins acceptables de tout ce beau monde, C. J. Box nous livre une surprenante et très juste analyse du nouveau capitalisme à l’américaine. Même à l’ombre des Bighorns, une nouvelle génération d’entrepreneurs-profiteurs prospère en toute légitimité, sachant exploiter les failles des nouvelles législations favorisant les énergies vertes et renouvelables. Le comte de Lexington, Earl Alden, le mari assassiné de Missy, était le plus futé de ces nouveaux « hommes d’affaires » et Joe Pickett se demande si ce n’est pas précisément ce qui explique le crime.

 

Ajoutez à tout cela quelques épisodes de la vie tumultueuse de Nat Romanoswski, l’ami cheyenne de Joe Pickett, des odeurs d’armoise et de sauge des montagnes, peut-être même un ou deux red necks au détour d’un chemin poussiéreux… et vous ne pourrez plus résister davantage à l’idée de prendre le chemin des hauts plateaux du Wyoming sur les traces du garde-chasse le plus intègre qui ait jamais vu le jour.

Vent froid

C. J. Box Traduit de l’anglais (américain) par Aline Weill Calmann Lévy Paris, 2014, 424 pages