Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels, Umberto Eco

Umberto Eco n’est pas seulement un incontournable à insérer dans les mots croisés. « Écrivain italien » en trois lettres, c’est lui, mais c’est aussi un sémioticien célébré et un écrivain dont le roman Au nom de la rose a été un succès mondial, traduit dans toutes les langues, adapté au cinéma. Construire l’ennemi est un recueil de courts essais ou de conférences prononcées par notre auteur. Dans l’introduction, Eco nous prévient que, laissé à lui-même, il aurait retenu Écrits occasionnels comme titre. Mais l’éditeur a préféré une appellation plus directe. Pourquoi Construire l’ennemi ? Eco raconte qu’à New York un chauffeur de taxi pakistanais lui avait demandé quels étaient les ennemis des Italiens, ceux qui les massacraient et les autres qu’ils massacraient. « Avoir un ennemi est important pour se définir une identité, écrit l’auteur, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer notre système de valeurs et montrer sa bravoure. Par conséquent, au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire. » Eco, qui a tout lu, passe en revue les ennemis que les humains ont réussi à se créer tout au long de l’Histoire. Les étrangers, les lépreux, les femmes : le coupable doit être l’autre. En plus de ce texte, on trouve un essai hilarant sur les dix-sept raisons qu’on a avancées pour s’en prendre à l’Ulysse de James Joyce, un autre sur l’hyperbole chez Victor Hugo, un troisième brillantissime sur la beauté du feu. Tout n’est pas d’égal intérêt, mais on retient de cette lecture l’impression d’être un peu ignare. Ce qui devrait aiguiser notre soif de connaître.

Construire l’Ennemi et autres écrits occasionnels

Umberto Eco Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher Bernard Grasset Paris, 2014, 302 pages

3 commentaires
  • Marc Provencher - Inscrit 29 juillet 2014 12 h 26

    Parlant d'être un peu ignare...

    ...le roman d'Umberto Eco s'intitule "Le nom de la rose" (Il nome della rosa), et pas "Au nom de la rose" (In nome della rosa). Merci de votre attention.

    On doit aussi à M. Eco le concept "overinterpretation", dans une querelle avec le critique américain (déconstructionniste) Stanley Fish, et que je me permets de traduire par "surinterprétation". Très utile pour s'en prendre aux critiques qui s'imaginent voir dans une oeuvre des choses qui en réalité n'y sont pas... et même contre les lologues qui se mettent à subodorer l'intolérance dès qu'un non-logue ose les contredire !

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 29 juillet 2014 13 h 44

    Aussitôt réservé !

    Merci d'avoir attiré mon attention. Me voilà 1er dans la queue de réservation à ma bibliiothèque municipale.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 29 juillet 2014 15 h 06

    Construire l'ennemi pour ne pas questionner nos faiblesses

    « Avoir un ennemi est important pour se définir une identité, écrit l’auteur, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer notre système de valeurs et montrer sa bravoure. Par conséquent, au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire. »

    Un petit manuel lu avec intérêt par l'ADQ, puis par Mme. Marois.