Journal d’un recommencement, Sophie Divry

Pendant un an, faire le registre des pensées venues de la pratique chrétienne : voilà le curieux programme que s’est fixé Sophie Divry, par la voix de sa narratrice, pour son deuxième livre. Chaque dimanche, elle raconte sa messe, le rite, l’Église catholique française, dans un geste sec et précis. Le journal — lieu idéal de la forme brève et de l’introspection — se fait ici un cadenas de points-virgules, reliant les ivresses et les doutes. Et comme on est jamais plus dur qu’envers les siens, Divry s’attarde sur la rugueuse réalité de l’Église, son « ensorcellement froid », son « peuple des chevrotantes », son « ordonnée agonie » et ses « ruines vivantes ». Inséparable cependant de sa respiration, d’une « chaleur sincère », d’un désir et d’une « douceur au ventre, comme après un orgasme ». Consciente de ses paradoxes, la narratrice témoigne en progressiste, invente sa propre grammaire et tire sur les lieux communs de la reconversion tout en reconnaissant son besoin de religion. Un regard essentiel, car critique, pour aborder l’Église d’aujourd’hui. Douce leçon d’humilité.

Journal d’un recommencement

Sophie Divry Notabilia Lausanne, 2014, 86 pages