Aimez-vous les expositions universelles?

L’Atomium, symbole de l’Exposition universelle de Bruxelles, où se déroule l’action du roman <em>Expo 58</em>.
Photo: Axel Addington L’Atomium, symbole de l’Exposition universelle de Bruxelles, où se déroule l’action du roman Expo 58.

À la question qui chapeaute ce texte, je répondrais que l’aspect politique de pareils déploiements me hérisse. De même, le lever de drapeaux et l’exécution d’hymnes nationaux me causeraient de l’urticaire si je me rendais sur les lieux qui les accueillent avec tant de joie.

 

Ce préambule pour vous dire que j’ai abordé le dernier Jonathan Coe avec un peu d’appréhension. D’autant plus que je venais de sortir d’Operation Sweet Tooth d’Ian McEwan qui traite, lui aussi, d’espionnage, d’interventions ministérielles, de personnages manipulés. Qu’en était-il de cette Expo 58 ?

 

Pourquoi tergiverser ? Cet habile roman m’a ennuyé. Le personnage principal, Thomas Foley, à qui on demande de superviser le pavillon britannique à l’Exposition universelle de Bruxelles, est un pleutre qui se voit enfin propulsé à un job intéressant. Sylvia, sa femme, vient d’accoucher. Il pourrait lui demander de le suivre dans son aménagement temporaire dans la capitale belge. Il opte plutôt pour un exil en solitaire.

 

Mission très possible

 

Pour Foley, il s’agit de découvrir des mondes inconnus. L’Angleterre lui paraît à peine une province soudée à ses principes, à ses traditions. Dès son arrivée à l’aéroport, il est accueilli par une hôtesse dont la vue le chavire. D’ailleurs, dans ce roman parodique, toutes les femmes sont plus que désirables. Les rebondissements sont nombreux. Foley correspond avec Sylvia. Leur échange de lettres est banal à pleurer. Quand il se rend au domicile conjugal, il trouve un objet qui lui fait croire que sa femme le trompe avec un voisin parfaitement ridicule. Il en est ulcéré, veut se venger, lui qui à Bruxelles ne s’ennuie vraiment pas. Quel lecteur pourrait être ému par sa réaction ? Pas moi, en tout cas.

 

Des espions, il y en a. Chersky, le faux journaliste russe, n’est pas seul. À peu près tous les personnages ne sont pas ce qu’ils prétendent être. Pourquoi pas, puisqu’on est en pleine fantaisie ? Encore faudrait-il que l’écriture le soit. Or, elle est platement réaliste. Tony, le jeune scientifique anglais, responsable de la venue à l’Exposition, est-il ou non un traître ? A-t-il cédé aux avances de Chersky, si friand amateur de chips ?

 

À vrai dire, peu nous importe. Si l’histoire est crédible, si les péripéties abondent, l’humour annoncé est rarement au rendez-vous. Trop abondants, les dialogues sont interminables. Les deux inquiétants anges gardiens que sont Radford et Wayne paraissent une réplique de Dupont et Dupond chez Tintin. Thomas Foley peut rentrer à Londres, divorcer, avancer dans sa carrière de façon ambiguë, l’intérêt n’y est plus tellement. Ce roman n’est surtout pas léger, il gagnerait à s’écarter d’un réalisme un peu lourd.

 

La légèreté, on la trouve chez Martin Suter. Allmen et les dahlias raconte ce qui peut advenir d’une toile de grand maître volée jadis et qu’il s’agit de retrouver. On ne croit pas un seul instant que Friedrich von Allmen soit un détective. Et cela, on s’en balance. Car ce court roman est soutenu par l’écriture. Allmen est un amateur d’art, pas plus honnête qu’il ne faut. Il a deux aides, Carlos et Maria, des domestiques plus que fidèles. Pourquoi Madame Gutbauer tient-elle tant à récupérer ce tableau de Fantin-Latour ?

 

Les dialogues, si balourds chez Jonathan Coe, sont incisifs. Manifestement, ce n’est pas la vraisemblance qui est visée, ni la description réaliste. On est en pleine ironie. Voulant évoquer une belle sur le retour, Suter nous apprend qu’Allmen, qui la voit se diriger vers lui, s’aperçoit qu’à chaque pas qu’elle fait en sa direction, elle vieillit d’un an. Les personnages sont ou attachants ou inquiétants. Leurs faits et gestes sont imprévisibles, leurs répliques incisives.

 

On a parlé d’Hitchcock à propos de Jonathan Coe. Ce rapprochement, je le ferais plutôt en faveur de Martin Suter. Est-ce à dire que mon aversion pour les expositions universelles a nui à ma lecture du roman de Coe ? Je ne le penserais pas. Je ne prise pas plus qu’il ne faut les natures mortes de Fantin-Latour, et pourtant…

Expo 58

Jonathan Coe Traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Allmen et les dahlias

Gallimard

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 juillet 2014 17 h 19

    Oui, j'ai aimé l'expo 67

    J'ai aimé les architectures audacieuses, les pavillons thématiques, les aménagements extérieurs, les restaurants des pavillons, le volet Arts de la scène, les concerts à la Place des Nations, les visiteurs, les concerts. Ce fut un rendez-vous avec le monde. Sauf ce pays qui en profité (c'est son modus operandi) pour envahir son voisin.