LMPI aide les éditeurs

Lueur d’espoir pour les magazines québécois malmenés par la faillite du distributeur Messageries de presse Benjamin. Le spécialiste de la presse internationale LMPI, qui a hérité des contrats de diffusion des magazines francophones de Benjamin, a fait vendredi une offre à la soixantaine d’éditeurs qui lui ont ainsi été transférés, a appris Le Devoir.

 

LMPI s’engage à remettre aux magazines 50 % de ce que Benjamin leur doit toujours, en échange d’un contrat de service et de l’assurance qu’ils restent clients pour quelques années, a confirmé le président de LMPI, François Leslé.

 

Rappelons que plusieurs magazines québécois écopent de la faillite de Messageries de presse Benjamin. Les sommes impayées par le distributeur provoquent des déficits, allant de « difficiles » à « catastrophiques » pour des publications telles que Protégez-vous, Nouveau Projet, Nuit blanche, Vélo Mag, Les Débrouillards ou Québec Science, parmi plusieurs autres. C’est dans un climat d’animosité, révèle un éditeur de magazine qui préfère garder l’anonymat, que s’est ouverte la rencontre convoquée par LMPI. « Il y avait beaucoup d’agressivité envers LMPI, a indiqué le professionnel.
Ils ont très mal géré cette crise jusqu’à maintenant, ils manquent de communication et d’organisation, ils ont refusé des rencontres auparavant. Mais c’est vrai qu’ils avalaient un gros, gros morceau, qui s’avère être une patate chaude. »

 

L’offre faite par LMPI a semblé surprendre agréablement la plupart des éditeurs présents. Le distributeur remettrait aux éditeurs la moitié des dettes de Benjamin en échange de leur engagement à rester client pour quelques années, la durée étant à définir au cas par cas. « L’ordre de grandeur semblait être de moins de dix ans. »

 

Une condition

 

LMPI impose une condition majeure : « Il faut que les éditeurs totalisant au moins 90 % de la valeur financière des contrats acceptent la proposition pour que celle-ci tienne », a précisé le président de l’entreprise de distribution.

 

Là où le bât blesse, c’est que trois éditeurs font à eux seuls ce poids : Les éditions Rogers, TC Média Livres et La Semaine.

 

« Le problème, c’est que les petits et moyens éditeurs demeurent encore à la merci des gros avec cette offre, poursuit un éditeur lésé par la faillite. On est encore dans l’incertitude. Est-ce que LMPI va faire une deuxième offre si on n’atteint pas le 90 %, et quelle serait-elle ? Ils ont refusé de s’engager si le pourcentage se révélait inférieur, disant qu’ils devraient retourner consulter leur actionnaire », le grand groupe français Lagardère.

 

Les Messageries de presse Benjamin étaient un important distributeur de magazines, spécialisé surtout dans la diffusion des publications à grand tirage (Châtelaine, Elle, L’Actualité, Véro, Coup de pouce), mais aussi de livres.

 

Leur directeur, Paul Benjamin, avait annoncé en janvier 2014 la fin des opérations de l’entreprise de quelque 225employés. Il disait alors au Devoir céder à l’érosion du marché des magazines, mais assurait vouloir faire correctement les choses. « Faillite, précisait-il, n’est pas un mot de mon vocabulaire. » Sa compagnie s’est mise sous la protection de la Loi sur la faillite en juin dernier. François Leslé se dit déterminé à récupérer toutes les sommes possibles de Benjamin.

 

Les éditeurs ont jusqu’à la semaine prochaine pour se prononcer sur l’offre de LMPI. « Il faut que l’on aille vite, car nous souhaitons régler cette question le plus tôt possible », conclut M. Leslé.