L’essor des médias parallèles

La formule « quatrième pouvoir » devient criante de vérité pour désigner les médias lorsqu’en 2010 l’organisme WikiLeaks les révolutionne en dévoilant sur le Web des câbles diplomatiques américains. La notion de secret d’État s’en trouve ébranlée. Publié sous la direction de Normand Baillargeon, l’ouvrage Mutations de l’univers médiatique analyse l’émergence d’un « journalisme citoyen » où la démocratisation ne connaît plus de limites.

 

Issu d’un colloque organisé l’an dernier par le magazine À bâbord !, l’une des voix de la gauche québécoise, le livre rassemble une dizaine de contributions. On y trouve notamment celles de Stéphane Baillargeon, journaliste au Devoir, de Simon Jodoin, rédacteur en chef du bihebdomadaire Voir, et de Marc Laurendeau, figure chevronnée du monde médiatique.

 

Membre du collectif d’À bâbord !, l’essayiste et chroniqueur Normand Baillargeon présente, dans l’introduction, le proche avenir des médias comme une reconfiguration de leur économie et de leur nature au point de s’interroger sur la survie des journaux, des revues et de la télévision traditionnels. Il a la clairvoyance d’établir que l’enjeu fondamental sera politique : « la participation citoyenne à la conversation démocratique ».

 

Le sociologue Philippe de Grosbois souligne le rôle-clé des médias sociaux qui peuvent pousser les médias traditionnels à traiter d’un sujet négligé pour rendre l’information plus objective. Le printemps érable a donné, en 2012, un élan remarquable à ce discours médiatique parallèle qui révéla l’usage de bombes assourdissantes dans la répression policière.

 

Le journalisme citoyen pratiqué ici par le GAPPA (Guet des activités paralogiques, propagandistes et antidémocratiques), dont des membres ont pris part à la rédaction du livre, correspond à plusieurs expériences semblables à travers le monde. Cette effervescence médiatique parallèle est souvent l’expression de courants sociaux récents, comme le mouvement Occupy Wall Street ou encore celui des Indignés.

 

Constant présent

 

Les tensions entre le journalisme citoyen et la plupart des médias traditionnels reflètent, comme le perçoit si bien Grosbois, l’incapacité fréquente de ces derniers « de rendre compte des turbulences » de notre société à cause de leur soumission « aux puissances économiques et politiques » ou, au pire, parce qu’ils sont « un des visages de l’ordre dominant ». Il reste qu’un danger guette autant les médias parallèles que le journalisme institutionnel qui tâche de rivaliser avec eux.

 

La recherche de l’instantanéité que commande la révolution médiatique risque, Stéphane Baillargeon insiste là-dessus avec raison, de mener à la superficialité, voire au nombrilisme. La perte de l’originalité critique de la démocratisation ne servirait alors que les puissants qui s’efforcent d’assagir l’opinion pour la rendre anodine.

Mutations de l’univers médiatique

Sous la direction de Normand Baillargeon

Médias traditionnels et nouveaux

M éditeur

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