Des poètes acadiennes

Je ne vous encouragerai jamais assez à lire la lumineuse préface de Monika Boehringer à son essentielle anthologie qui s’attarde à tracer un parcours historique et éclairant sur l’évolution de la poésie des femmes en Acadie. Non seulement y relit-on des textes fondateurs et attendus, mais nous découvrons, au détour de poèmes marquants, des voix incisives et fortes. C’est peu dire qu’il nous fallait ce livre pour accéder à la dynamique intérieure d’une littérature constamment foisonnante.

 

Des surprises, disais-je ? Certes, et non des moindres, quand on découvre deux poèmes inédits d’Antonine Maillet qu’on n’attendait pas là mais qui, manifestement, y ont une place heureuse. Ses deux textes, Éloge des mots et La complainte du soldat inconnu, transcendent et portent loin un engagement indéfectible et bien connu. Monika Boehringer a donc su dénicher les perles rares, mais aussi nous proposer des voix résolument ancrées dans une détermination vitale, perceptible à travers l’histoire d’une nation jamais en perte de langage, jamais soumise à la fatigue ontologique. Tout comme cette présence incontournable de l’immense France Daigle dont les poèmes sont encore épars, alors qu’elle précise : « Tout le monde est ici de plein droit / Mais certains ont les droits plus pleins que d’autres / Cela s’entend / […] / Car silence et culture ne font pas bon ménage / La culture est une chose appréciable / Qu’il faut apprécier à voix haute / Sinon elle s’enlise et s’endort dans la nuit des temps ». C’est bien contre le sommeil historique que cette anthologie vient s’imposer.

 

Imposer la langue et dissiper la « brume », comme le dit Georgette Leblanc, car « il y a de quoi dans sa présence / elle nous habille / elle marque un territoire qu’ej reconnaissons pus / dans un silence qui mire la noirceur ». Il faut donc à tout prix faire la lumière sur l’Histoire et cette écriture qui inscrivent la voix-femme-poète au plus près des réalités. Ce livre est comme une réponse à la demande criante de la jeune poète de 22 ans, Monica Bolduc, qui supplie : « Ramène-moi à la case départ / Qu’on me réhydrate / Qu’on me reconstruise / Avec un basement plus solide ». Cela passe sans doute par la mémoire, par une mise en place de la parole advenue.

ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE DES FEMMES EN ACADIE XXE et XXIE siècles

Préparée par Monika Boehringer Perce-Neige Moncton, 2014, 266 pages