Livre - Aimer, materner, jubiler, Annie Cloutier

Si on a vu un certain brouhaha médiatique autour de la sortie du premier essai d’Annie Cloutier, formée à la sociologie mais connue davantage comme auteure de romans — Une belle famille (Triptyque, 2012) —, le réel débat sur la façon de penser la maternité et de considérer les mères à la maison à travers une pensée et une stratégie féministes n’aura finalement pas eu lieu. Cloutier veut démontrer ici que le féminisme au Québec s’est acoquiné au néolibéralisme, devenant du coup exclusif et excluant. Si on la suit lorsqu’elle analyse les politiques familiales et ce qu’elles insinuent comme suggestions sociales, l’auteure se perd rapidement dans les stéréotypes — son portrait final de la mère conciliant travail-famille n’est que caricature —, les surgénéralisations, les sources faibles (la romancière américaine Elizabeth Gilbert ? ses amies ?…) et des fautes qui n’auraient pas dû survivre à l’édition (« ne consacrent par la part congrue de leur enfance » ; « la bonne fois des militantes féministes »). Plus on avance dans la lecture, plus la pensée s’amenuise, grugée par les témoignages intimes de l’auteure. Au lieu d’apporter densité, émotivité, intuitivité, comme c’est le cas lorsque la réflexion est solide (les meilleurs Nancy Huston ; Siri Husvedt, ou, ici, Nicolas Lévesque), ces « ego-arguments » démolissent d’eux-mêmes la construction. Exemple ? « Mais l’instinct maternel existe. Je suis cet instinct. Il est moi. » Eh ben. Un livre faible à penser et faible tout court, sur un sujet qui devrait pourtant se retrouver davantage, et d’autant plus intelligemment, sur la place publique.

Aimer, materner, jubiler L’impensé féministe au Québec

Annie Cloutier VLB éditeur Montréal, 2014, 230 pages