Quatorze façons de dénicher une grande oeuvre

Qu’est-ce qu’un classique ? Lecteur impénitent et romancier de génie, Italo Calvino (1923-1985) n’a pas proposé une réponse à cette question, mais quatorze. Dans le journal L’Espresso, il publie en 1981 un essai bref et lui-même devenu un classique du genre, malheureusement épuisé, où il les propose en rafale en les rattachant toutes à un fil directeur : l’expérience de la lecture individuelle. Un classique est certes toujours une oeuvre qui a trouvé sa place dans un panthéon national ou universel, mais aux yeux de Calvino, il s’agit d’abord des livres que nous sommes toujours, comme lecteurs uniques, « en train de relire ».

 

Mais relisons-nous jamais vraiment ? Aucune lecture n’est la reprise ou la répétition de la précédente, encore moins de la première lecture, celle de la jeunesse par exemple. Alors qu’on croit relire et retrouver un trésor oublié, le plus souvent on le recrée et on le réinvente. Combien d’oeuvres, par ailleurs, placées au sommet d’un répertoire personnel n’auront pas connu la grâce de la relecture qui est celle de leur redécouverte ? Les raisons de notre premier amour ne peuvent que se transformer au fil du temps, lequel finit toujours par manquer. Et les classiques sont les oeuvres pour lesquelles le temps manquera toujours.

 

La troisième des quatorze définitions de Calvino est sans doute celle qui va le plus loin. Les classiques sont non seulement des trésors choyés, mais ce sont des livres qui s’imposent autant par leur influence reconnue que par la mémoire inconsciente que nous en conservons. Ce n’est pas seulement ce que nous canonisons qui devient un classique, mais peut-être encore plus ce qui parvient à nous déterminer même quand nous ne nous en souvenons plus. Les classiques servent en effet à nous définir, autant ceux que nous plaçons au sommet de notre répertoire personnel que ceux qui deviennent pour nous des références inconscientes et que nous finissons parfois par lire, ou relire.

Collaborateur

Pourquoi lire les classiques?
Italo Calvino
Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro
Seuil
Paris, 1984, 280 page

 

Italo Calvino Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro Seuil Paris, 1984, 280 pages

Pourquoi lire les classiques ?