Ironies du sort

Hans-Jürgen Greif a badigeonné toutes les histoires qui composent Échardes de son humour cinglant.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Hans-Jürgen Greif a badigeonné toutes les histoires qui composent Échardes de son humour cinglant.

Échardes, dernier-né de Hans-Jürgen Greif, propose une quarantaine de nouvelles, 44 pour être précis, qui sont un peu dans la veine de celles qui composaient Solistes (L’Instant même), un petit bijou de proses huilées et acérées que l’écrivain avait fait paraître il y a une quinzaine d’années. L’auteur de La colère du faucon et de La bonbonnière (tous deux à L’Instant même) prend une fois de plus plaisir, on le sent bien, à épingler les travers de ses contemporains.

 

Des Échardes, donc, souvent regroupées par thème. La vieillesse, l’imminence de la mort, l’horizon qui se referme. Les petites ou les grandes névroses sécrétées comme un venin par certains milieux de travail sur les employés. Les animaux domestiques. L’exercice de la justice.

 

On y fait ainsi la rencontre d’individus solitaires et maniérés, absorbés par leurs tics et parfois réduits à leurs toquades. Nonagénaires, poitrinaires ou cardiaques à l’article de la mort, crépusculaires de toutes sortes, ils espèrent ou bien craignent leur propre fin, jamais indifférents. Ailleurs, on nous fait les portraits de bénévoles intéressés par leur propre intérêt, de petits fonctionnaires, bureaucrates ou patrons abusifs.

 

L’art de l’esquille

 

En fait, les histoires de Hans-Jürgen Greif mettent en scène des protagonistes souvent trop sûrs d’eux-mêmes, aveugles à leur propre bêtise. Des personnages que la vie — ou l’auteur, qui sait introduire habilement ses grains de sable dans l’engrenage — viendra faire trébucher sous nos yeux. Dans certains cas, même, ils font l’objet de lentes et patientes revanches.

 

La plupart des histoires, badigeonnées de l’humour cinglant de l’auteur, évoluent selon un schéma classique de retournement final où l’ironie du sort triomphe souvent. Le procédé donne à l’ensemble un caractère peut-être un peu répétitif, il est vrai, et chacune des nouvelles qui enfonce le clou — ou pousse l’écharde — apparaît ainsi un peu comme une variation sur le même thème. Mais sans que la curiosité du lecteur s’émousse entièrement.

 

Rien qui renverse ou qui hante, rien de trop grave ou de transcendant, en somme, mais des histoires efficaces et tragicomiques qui nous font passer un bon moment. Aux commandes d’une malignité minutieuse, Greif s’insinue sous la peau de ses personnages et traque sans merci le ridicule ou l’odieux qui s’ignore.

Collaborateur

Échardes

Hans-Jürgen Greif L’Instant même Québec, 2014, 268 pages