Les critiques des collégiens - Mélancolique chanson

En marge du Prix littéraire des collégiens, qui a couronné en mai dernier Guano, premier roman de Louis Carmain (Hexagone), il y a le prix des critiques des collégiens. En quelque 350 mots, les jeunes critiques participants résument, argumentent et pèsent à l’écrit un des cinq livres finalistes de cette édition du Prix des collégiens. Nous publions cette semaine les meilleurs textes — un par livre —, sélectionnés par Bruno Lemieux, professeur au cégep de Sherbrooke, Louise Gérin-Duffy, professeure à la retraite du collège Jean-de-Brébeuf, et Catherine Lalonde, journaliste responsable du cahier Livres du Devoir. Aussi, les portraits de certains membres du jury, croqués lors de la délibération à Québec par notre photographe Renaud Philippe.

En publiant Chanson française, Sophie Létourneau, universitaire intéressée notamment par les thèmes de la mélancolie et du leurre amoureux, transpose sa réflexion dans l’histoire de Béatrice. Enseignante à Montréal, cette jeune femme quitte le grand amour pour aller faire un stage à Paris. Dès lors, le roman laisse comprendre que la quête de Béatrice se trouve ailleurs que dans l’homme idéal ou la famille, mais plutôt dans l’absence de l’être aimé ; dans la mélancolie amoureuse. Chanson française, tout comme la chanson Les immortelles de Jean-Pierre Ferland qui trouve, parmi d’autres, un écho dans le roman, fredonne que ce qui meurt a plus de poids et d’importance.

 

Puisque la beauté de cet amour réside dans l’absence et le souvenir, c’est par un voyage à Paris, terre de romance, qu’est vécu cet amour insaisissable et transatlantique entre une Montréalaise à Paris et un Français à Montréal. Béatrice part pour l’Hexagone en plein questionnement identitaire. Son constat se résume par un grand dysfonctionnement amoureux qui n’aura pour issue que la famille représentée par une soeur protectrice. C’est cet amour familial inconditionnel qui, au final, dominera, comme le révèle le fait qu’elle s’épanouit dans la maternité.

 

Létourneau surprend par son choix de narration, au « tu », perçu peut-être comme un moyen d’interpeller le lecteur. Dans l’optique de la mélancolie amoureuse, Béatrice se souvient de la période de sa vie où ce tu n’avait pas sa place : « Il ne pouvait s’imaginer que ton trouble venait qu’il y avait longtemps que tu ne t’entendais plus dire tu. » C’est finalement une grande chanson qu’elle chante, la chanson de sa vie, et ce choix de narration contribue à soutenir le rythme du récit.

 

Chanson française est guidé par les vieux airs romantiques qui en font une ballade nostalgique. La prose cadencée à la manière de couplets, rythmée par les saisons, est à l’unisson avec les titres mélodiques des chapitres et les chansons de Barbara, de Françoise Hardy ou bien de Jeanne Moreau. Létourneau lance un air mélodieux, un véritable ver d’oreille pour le lecteur.

Paméla Claude, Collège Montmorency

Sophie Létourneau Le Quartanier Montréal, 2013, 190 pages

Chanson française

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