Livres et littérature du voisin, de tous les voisins

Heather O’Neill
Photo: François Pesant - Le Devoir Heather O’Neill

C’est ce lundi que débutait le 16e festival littéraire, paralittéraire et polyglotte Metropolis bleu. On y discute livres et textes, parfois en gros plan sur la littérature, parfois d’une perspective élargie, et ce, en français, italien, espagnol, mandarin, et tutti quanti. Le Devoir en profite pour demander à quelques écrivains anglos qui y participent — bilingues, québécois, ou pas — de partager leurs impressions sur le fait d’écrire au Québec, sur la traduction et sur la presque folklorique idée de la double solitude.

 

Si David Homel est né à Chicago, il habite et écrit à Montréal depuis si longtemps que lui-même ne sait plus s’il se considère auteur anglo ou franco. « Quand j’écris des romans, j’entends les voix des personnages, et ils me parlent en anglais », précise-t-il au Devoir, alors qu’il vient tout juste de recevoir ses exemplaires de son 10e roman, The Fledglings (Cormorant). Lui-même traducteur vers l’anglais, il dit « essayer d’être gentil » lorsqu’il est à son tour traduit. Car être lu en français est pour lui essentiel. « Il faudrait idéalement que tout le monde me lise, partout dans le monde, dit-il en riant, mais surtout les gens de ma ville. Si mon voisin, avec qui je racle les feuilles et prends un verre, lit en français et que je ne suis pas “disponible”, il ne sait pas, littéralement, qui je suis. »

 

La double solitude lui est un cliché, un concept folklorique qui ne correspond pas à sa réalité. « J’ai quelques amis écrivains anglos qui ne lisent pas en français, alors je vois que ça existe, mais pas pour moi. » Il reprend cet exemple du « voisin » pour dire sa perception du festival Metropolis bleu. « On est tous voisins, même si “la planète livres” est une idée que je n’aime pas entendre sortir de ma bouche : si je ne lis pas les autres, ils demeurent inconnus. Là, je vais rencontrer un gars de l’Angola [Ondjaki], et [le Mexico-Américain] Luis Urrea, et le Tunisien Habib Selmi, avec qui je vais pouvoir parler français. On va être voisins de festival. »

 

La Montréalaise Heather O’Neill a été découverte en 2006, et sa Ballade de Baby traduite en France (10/18, 2008). « Tous mes amis francophones ont lu mon livre en anglais, parce que la traduction, ils la trouvaient dans un français “trop métropole”. L’idéal serait d’avoir deux traductions françaises, une pour le Québec… » La jeune auteure a toujours été inspirée par la culture québécoise, « particulièrement dans le dernier roman », The Girl Who Was Saturday Night (Harper Collins), qui sort ces jours-ci. Marie-Claire Blais, Gabrielle Roy et surtout Michel Tremblay sont de ses influences, et elle continue à caresser l’idée d’écrire un jour directement en français, « même si c’est un grand échec », car pour elle, la vie à Montréal se déroule dans les deux langues.

 

Lisa Moore, de Terre-Neuve, vient de voir sa plus récente traduction française, Piégé, paraître (Boréal). Elle sent, chaque fois qu’elle passe au Québec, quelque chose de particulier, une excitation à discuter littérature, « peut-être un peu plus de… passion ? », hésite-t-elle. Un livre traduit est à ses yeux une collaboration, car « le travail devient différent tout en restant même. C’est un peu magique. Comme les histoires, qui créent des ponts et transcendent les langues. »

 

Si elle habite désormais les États-Unis, Alix Ohlin (Inside, Gallimard, 2013) a grandi à Pointe-Claire, dans un quartier « à l’époque largement anglophone, qui pouvait sembler être à un monde de différence du centre-ville de Montréal », indique-t-elle par courriel, en anglais. C’est cette richesse des langues et des cultures, cette ambiance cosmopolite qui a forgé, croit-elle, sa sensibilité littéraire. « Quand je retourne à la maison maintenant, j’ai l’impression que tout est plus intégré. La ville elle-même me semble plus “internationale”. J’ai l’impression que cette idée des deux solitudes est en train de disparaître. »

 

On pourra entendre cesauteurs, ainsi que d’autres confrères et « voisins de littérature » de tous horizons, au Metropolis bleu, qui se tient jusqu’au 4 mai.

metropolisbleu.org

À voir en vidéo