Livre – «Faut pas pleurer pour ça», Minou Petrowski

Ni tout à fait une autre ni tout à fait la même que Minou Petrowski, cette narratrice entre Montréal et Paris qui chemine un pied dans le fantasme, un autre sur la terre ferme. Après son autobiographie, ce récit d’autofiction, fort bien écrit, nous fait pénétrer la psyché d’une octogénaire à la libido de jeune femme, dont le désir demeure un moteur puissant, quoique rêvé de sa vie, tout comme le sentiment d’abandon, jamais colmaté, de l’éternelle orpheline. Ce livre de spleen et d’espoir qui berce et qui blesse est une porte ouverte sur une âme écorchée, combative, allergique aux renoncements. Entre livres et films aimés, entre mémoire, rencontres, souffrances, l’émouvant roman résonne comme le cri d’un âge mal aimé, et celui d’un enfant tapi sous les rides en ignorant la fuite du temps. « J’avais vécu en état d’apesanteur, en rêvant le passé et en inventant le présent, dans un no man’s land où tout semblait permis, même l’oubli du corps, de cette vieillesse que je niais parce qu’elle me rongeait », lance-t-elle.