Livre – «Voir venir la patience», Louise Warren

Comme toujours, la poésie de Louise Warren est tranquille, à l’écoute du rien subtil qui fait tenir les heures en place. Si, dans les deux premières parties de Voir venir la patience, quand elle serine que « la pluie / lave les heures / efface les jours / les oublis », nous sommes en plein cliché, quand elle confie qu’en « quelques mots / on se sent rassuré / le monde s’accroche / à nos blessures », nous touchons à plus essentiel. Les deux dernières parties sont publiées dans une mise en page « coquette » sinon convenue. Horizons cherche visuellement à reproduire cette ligne dans le lointain, alors que les poèmes s’allongent inutilement sur une ou deux lignes. Est-ce un clin d’œil aux Calligrammes d’Apollinaire ? C’est beau, évidemment. Tous les livres des éditions du Passage sont soignés. Mais parfois l’esthétique nuit plus qu’elle ne sert. L’auteure signale en toute simplicité qu’« entre les géraniums et [elle se trouvent] l’eau l’arrosoir » ; elle ajoute qu’il y a « un courant d’air une porte ouverte un paysage près [d’elle] ». Louise Warren est une poète importante, mais que cela ne nous interdise pas de nous questionner devant ceux qui tiennent de plus en plus pour acquis que le moindre de leurs soupirs est de la poésie incarnée et incontournable.
 

vOIR VENIR LA PATIENCE