Jongleries

Éva Burns, « qui était une garce », est poignardée dans son appartement, auquel le meurtrier a mis le feu, effaçant du coup toutes les évidences.

 

Pour essayer de résoudre le crime, un duo d’enquêteurs mal assorti. D’un côté, Guy Descars — clin d’oeil sans signification apparente à l’auteur autrefois fameux de romans de gare —, personnage à la sexualité inquiète, obsédé par un traumatisme d’enfance et qui vient tout juste d’être largué par sa femme. De l’autre, bardé d’une « obésité brillante », Norman Petitroux, vieux flic revenu de tout.

 

Les deux hommes dérivent, se taquinent à leur manière et multiplient les hypothèses sans vraiment progresser dans leur enquête. Pourtant : « Il n’existe pas mille manières de traquer un tueur. Le crime est une énigme. Chaque donnée de cette énigme doit être séparée, atomisée, afin de constituer une série d’affirmations monologiques, lesquelles se transformeront, grâce au talent interprétatif d’un enquêteur — l’herméneutique est un passage obligé dans les académies de police — en des réponses à variable algébrique à la question centrale qui a… ? »

 

Nous sommes au coeur de Métastases, le premier roman de David Bélanger, qui recourt pour l’occasion à un narrateur interventionniste et bavard dont la présence, il faut le dire, se fait un peu écrasante, voire étouffante.

 

Aussi étouffante, tiens, que ce mystérieux cancer du cerveau qui se développe au fil des pages, maladie peut-être même contagieuse dont les métastases semblent se répandre jusque dans notre lecture. En entretenant volontairement la confusion, dans un décor flou et un univers culturel aux frontières mal définies, l’auteur se propose de pervertir les codes du roman policier en s’inspirant notamment de l’expérience du nouveau roman. Là où on attendait la résolution d’un crime, Métastases, on l’aura compris, est en fait le récit d’un échec.

 

Mais le destin et les atermoiements de ces personnages importent-ils ? Pas vraiment. Et c’est heureux, en réalité, puisqu’ils nous indiffèrent aussi très vite. Même si avec un certain style, une certaine virtuosité, à la manière légèrement ironique d’un Jean Echenoz — mais d’un Echenoz surchargé, où il serait difficile de respirer entre les phrases —, David Bélanger arrive à faire durer son feu de paille.

 

Mais qu’est-ce que ça dit ? Pas grand-chose. Un roman savant rempli de « détours inutiles », en somme, où l’on jongle un peu à vide avec les références, les codes et les concepts littéraires comme d’autres s’étourdissent, ailleurs, avec des assiettes de porcelaine.

Métastases

David Bélanger L’Instant même Québec, 2014, 236 pages