Un charme vieillot

Simon-Pierre Pouliot, alias Vic Verdier, signe un récit à l’intrigue touffue, mais qui tarde à démarrer.
Photo: Caroline Beaulieu Simon-Pierre Pouliot, alias Vic Verdier, signe un récit à l’intrigue touffue, mais qui tarde à démarrer.

Au début, on dirait un roman d’aventure mal traduit tout droit sorti du XIXe siècle : brisures de rythme, maladresses de style, imprécisions. Puis l’image de Maurice Leblanc s’impose, d’un sous-Maurice Leblanc plutôt, lorsque Vic Verdier décide que son personnage de Phantomax fera place à un autre aventurier au nom improbable de Gonzague Aylwin… Tout cela explique facilement qu’il vous faudra probablement plus d’une centaine de pages avant d’accrocher vraiment à ce récit rocambolesque planté dans la Vieille Capitale au début du siècle dernier.

 

Pourtant, l’intrigue est touffue à souhait et se déroule en trois temps distincts dont seul le dernier (l’épilogue en fait) se passe aujourd’hui. Tout le reste nous plonge à la fin de la Première Guerre mondiale, à Québec, alors que Vic Verdier, l’infirme, est déshérité par son père au profit de son jeune frère revenant de la guerre bardé de médailles. Napoléon-Bonaparte mettra ainsi la main sur l’empire Verdier constitué de plusieurs entreprises alors que Victor-Hugo (Vic) ne gardera que l’imprimerie Jacques-Cartier dont il s’occupe depuis longtemps. Très vite, on apprendra que Napoléon est une crapule et Vic, un être complexe et romantique.

 

Noms d’emprunt

 

Imprimeur et restaurateur de livres anciens, donc, Vic Verdier est aussi feuilletoniste et romancier et c’est lui qui, sous le pseudonyme de Pierre Cimon, est l’auteur des aventures de Phantomax et de Gonzague Aylwin de même que de plusieurs romans inédits. C’est même lui qui signe cette histoire de plus de 300 pages que vous êtes en train de lire et qui est en fait l’oeuvre de Simon-Pierre Pouliot. Le livre lui-même se présente sous l’allure d’un vieux manuscrit taché de gouttes de sang sorti d’une caisse de documents hétéroclites signés… Pierre Cimon.

 

Mais le charme vieillot de cette histoire — qui au fond est celle d’un romancier qui souhaite laisser des traces de son oeuvre — réside d’abord dans le parfum Belle Époque qui s’en dégage. Les personnages comme les situations décrites sont littéralement d’un autre âge, et Vic et ses amis de la Maison rouge donnent au Québec du début du XXe siècle une allure plutôt sympathique. Tout comme cette intrigante disparition d’imprimeurs dans des circonstances aussi bizarres que sanglantes vient pimenter le récit et lui donner son titre.

 

N’empêche que la grande scène finale, qui a tout d’une performance à la Houdini, repose avec encore plus d’acuité une question toute simple : pourquoi risquer de décourager les lecteurs impatients et ne pas faire démarrer le récit plus tôt ?

Vic Verdier XYZ éditeur Montréal, 2014, 340 pages

L’imprimeur doit mourir