Chomsky et le salut bolivien du monde

En notant que « les plus éduqués ont tendance à être également les plus endoctrinés », Noam Chomsky, inimitable provocateur, présente dans Guerre nucléaire et catastrophe écologique la pauvre Bolivie comme le pays le plus environnementaliste du monde et les États-Unis comme « les premiers responsables » du réchauffement climatique. Il signale aussi que Barack Obama n’empêche pas une course aux armements qui menacerait la planète.

 

Le livre est constitué d’entretiens du penseur politique américain avec sa compatriote Laray Polk, artiste multimédia, nouvelliste et militante. Chomsky souligne qu’à la différence du commun des écologistes, entre autres des adeptes BCBG de Greenpeace, le gouvernement socialiste bolivien, formé en majorité d’Amérindiens, ose, en 2010, aller au fond des choses.

 

La Bolivie d’Evo Morales, chef d’État issu du syndicalisme, adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère, par laquelle, solidaire avec les peuples indigènes du monde entier et toutes les autres nations, elle compte, en demandant la participation de l’ONU, protéger l’écosystème planétaire contre les prédateurs capitalistes. Ce qu’un grand nombre, en Occident, considère déjà comme un projet d’un idéalisme puéril.

 

Parler d’écologie

 

Chomsky réplique : « Les Occidentaux ont beau en rire du haut de leur raffinement, ce sont les Boliviens qui riront les derniers. » Aux mystiques de la liberté individuelle qui croient que le monde capitaliste s’est construit par des initiatives privées, comme la vente sur le trottoir de limonade aux passants, il rappelle, dans le développement de celui-ci, le rôle indispensable de l’État.

 

Le « fort interventionnisme »,commencé en Grande- Bretagne dès le XVIIIe siècle, continué dans toutes les grandes puissances, préfigure le rôle clé que devrait jouer, de façon plus démocratique, la communauté internationale. Chomsky relate que le Massachusetts Institute of Technology, dont il est professeur émérite, a permis, grâce au financement de l’État, d’apporter les innovations nécessaires à la prospérité industrielle que le simple marché ne pouvait fournir.

 

Dans une des saillies dont il a le secret, il résume : « Dans ce système, les investissements sont essentiellement publics et les profits privés. Il a beau se nommer capitalisme, il n’a pas grand-chose à voir avec le capitalisme. » Chomsky voit dans la baisse de l’aide gouvernementale à la recherche l’un des signes de l’actuel déclin américain.

 

Selon lui, au même moment, Obama, de façon indirecte et sournoise, peut produire un désastre en préconisant un système antimissile pour défendre les États-Unis et en soutenant des alliés, Israël et l’Inde, encore plus susceptibles que les Américains d’avoir recours à l’arme atomique. À l’opposé, l’écologisme de la Bolivie, malgré sa naïveté, incarne un espoir tout à fait rare.

 

« Aucune manifestation de souveraineté ne devait interférer avec les projets américains. En fait, une grande partie de l’Amérique du Sud a cessé de se plier aux ordres, ce qui désespère Washington. »

 


Collaborateur

GUERRE NUCLÉAIRE ET CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE

Noam Chomsky


 
1 commentaire
  • Luc Archambault - Abonné 13 avril 2014 20 h 51

    Nos élites souverainistes...

    Noam Chomsky note dans son ouvrage « Guerre nucléaire et catastrophe écologique» « les plus éduqués ont tendance à être également les plus endoctrinés ». Ce qui expliquerait l'obstiné refus des élites soi-disant souverainistes de rompre avec la gouvernance collabo « souveraniste » qui valide la dictature d'occupation canadian depuis 46 ans, ou si vous préférez qui a tant de mal à rompre avec le « bon gouvernement » comme le dit autrement Gilbert Paquette dans Le Devoir d'aujourd'hui. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/405420/in

    Endoctrinées quelles seraient par le postulat autocrate qui veut que Le Peuple soit trop idiot pour se gouverner lui-même et qu'il lui faut des élites « éclairées » pour le faire à sa place, nos élites les plus savantes, éduquées, ne voient rien d'autre « qu'éduquer » Le Peuple qui ne comprendrait rien à rien des bienfaits de la souveraineté de l'État, en lieu et place que questionner leur propre contradiction qui consiste à former des gouvernements qui acceptent, comme si de rien n'était de fouler aux pieds la souveraineté du peuple, puisqu'ils acceptent d'être gouvernés par une Loi constituante qui n'est pas celle du Peuple puisqu'elle s'impose par-dessus la tête du Peuple. Une contradiction irréductible qui produit ce qu'elle avait à produire, nous confiner à l'impasse de la confusion à plus opaque... les soi-disant libérateurs valident ce qu'ils prétendent vouloir renverser.

    Leur endoctrinement est tellement profondément ancré dans leur fibres cognitives qu'il faudra un temps considérable pour défaire tout les noeuds qui emêlent les fils de cet inextricable écheveau politique qui les fait aboutir à une si débilitante contradiction et qui bloque la trame du métier à tisser l'Histoire de ce peuple. Il faudra probablement qu'ils emportent ces noeuds dans leur tombe et que surgissent de nouvelles élites éventuellement moins savantes, mais moins endoctrinées.