La Corriveau, toujours mystérieuse

L’imaginaire québécois demeure marqué par la légende de la Corriveau, cette meurtrière en série du XVIIIe siècle qui aurait assassiné ses maris. Catherine Ferland et Dave Corriveau nous présentent la « véritable histoire » de la « sorcière » de Saint-Vallier, dont l’exosquelette présumé (en cours d’authentification aux musées de la civilisation) a été rapatrié à Québec 250 ans après sa fabrication.

 

La première partie de La Corriveau est consacrée à la vie de Marie-Josephte, cette petite femme de cinq pieds qui n’aura que deux époux, contrairement à la légende qui lui en donne une bonne dizaine. Le premier est emporté par la fièvre en 1760 tandis que le second est retrouvé mort dans son étable au matin du 27 janvier 1763.

 

Le rapport du coroner attribue le décès de ce dernier à la ruade d’un cheval. Le beau-père de la victime, Joseph Corriveau, est toutefois soupçonné de meurtre. Les autorités britanniques font exhumer le cadavre avant de procéder à l’arrestation de Joseph et de sa fille. Leur procès se déroule à Québec devant une cour martiale, la colonie étant sous administration militaire depuis la Conquête.

 

Les auteurs nous présentent la version des faits des 24 témoins appelés à la barre. Tout le village y passe : le curé qui tente d’étouffer l’affaire, les fillettes de Marie-Josephte, la servante de l’accusé qui se parjure. Le procès est « un simulacre de procédure criminelle anglaise », selon Ferland et Corriveau, qui évoquent le manque d’expérience des juges et leur méconnaissance du français.

 

Mortels derniers mots

 

Condamné à mort, Joseph accuse sa fille devant son confesseur, ce qui entraîne la tenue d’un second procès au terme duquel l’accusée reconnaît avoir assassiné son mari à l’aide d’une petite hache parce qu’il la battait. Marie-Josephte est pendue le 18 avril 1763. Un forgeron est chargé de la fabrication d’un corset de métal qui est directement riveté au cadavre.

 

L’exosquelette est accroché à la croisée des chemins de la pointe de Lévis pour servir d’exemple. Selon les auteurs, cette peine infamante qui n’avait jamais été pratiquée en Nouvelle-France permet de démontrer « aux nouveaux sujets du roi d’Angleterre que ce sont bel et bien les Britanniques qui gouvernent dans la vallée du Saint-Laurent… et qu’ils n’ont pas l’intention de faire preuve de mollesse ».

 

La cage est décrochée après une quarantaine de jours d’exposition sur ordre du gouverneur Murray afin de souligner le retour de la paix. Elle est retrouvée en 1849, avant d’être acquise par le cirque Barnum qui en fait un objet de curiosité. « La légende sort alors de sa longue gestation de près d’un siècle pour embrasser l’esprit des littéraires de l’époque victorienne, friands de récits macabres et fantastiques. »

 

La Corriveau de la légende est une femme de mauvaise vie qui tue ses maris de mille et une façons, le plomb fondu dans l’oreille étant sa « technique emblématique ». Le spectre de cette « Barbe bleue en jupons » hante les voyageurs qui s’aventurent la nuit aux abords de sa cage, qui sert de point de ralliement aux loups-garous.

 

Il faut attendre la découverte des archives du procès à Londres en 1947 pour assister à la réhabilitation de Marie-Josephte, désormais dépeinte en icône féministe victime du patriarcat et en patriote jugée dans une langue étrangère par un tribunal de militaires. Ce renversement mémoriel est analysé en détail dans la seconde moitié de l’ouvrage, qui se termine par la découverte inespérée de l’exosquelette dans un musée de Boston.

 

La Corriveau est un essai solidement documenté et de lecture agréable. S’ils ne cachent pas leur sympathie envers Marie-Josephte, les auteurs reconnaissent l’impossibilité de l’innocenter sur la base des documents qui nous sont parvenus. Le mystère demeure autour de cette femme dont la personnalité nous échappe.

Collaborateur

La Corriveau

Catherine Ferland et Dave Corriveau

De l’histoire à la légende

Septentrion