Confessions pudiques

La comédienne Julie Gayet
Photo: Agence France-Presse (photo) Valery Hache La comédienne Julie Gayet

Pour commencer, un aveu. Je n’aurais pas lu Santiago H. Amigorena si, au Salon du livre de Montréal en novembre 2012, on ne m’avait pas proposé de m’entretenir avec lui au sujet de La première défaite. Ce livre de 632 pages raconte un émoi amoureux intense. Le récit m’a tellement ébloui qu’invité à interviewer un auteur de mon choix à l’émission Samedi et rien d’autre à Radio-Canada le lendemain, j’optais pour cet écrivain, scénariste, acteur et réalisateur de cinéma.

 

À mon avis, les livres qui comptent sont en général ceux qui compromettent leurs auteurs. La première défaite est un long aveu. L’histoire d’une passion amoureuse déçue, d’un désespoir presque entretenu. Le livre m’avait transporté, mais son auteur ? Il était à mes côtés, ce jour-là, très réservé, mais discrètement bienveillant, à l’évidence habité par une ferveur intérieure.

 

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Quels propos tenir avec lui ? Je ne savais rien de lui. L’aurais-je su que je ne l’aurais certes pas ennuyé avec des questions sur Julie Gayet ou Juliette Binoche. Seul m’intéressait l’écrivain qui avait écrit des pages lumineuses sur le désordre amoureux. Il était de qualité, je pouvais en témoigner. Mais l’homme ? Indiscutablement du genre dont les femmes raffolent. Svelte, raffiné, sorte de beau ténébreux un peu gauche. La voix était douce, le regard traduisait une délicatesse des sentiments. Mais comment, sur une scène entourée d’un murmure de foule, évoquer un livre dérangeant rempli d’aveux, de violences ?

 

Santiago Amigorena y est parvenu, ne cherchant pas à s’esquiver devant une indécence, celle de son récit. Au contraire, illustrant de façon profonde ce qu’est un écrivain véritable. C’est-à-dire un créateur de gouffres transformés en beauté. Sans esbroufe aucune, évoquant des enfers sur le ton que l’on emploie lorsqu’on les a apprivoisés en quelque sorte pour en faire des oeuvres.

 

Je n’ai pu lire Des jours que je n’ai pas oubliés sans revoir mes deux rencontres avec cet écrivain racé, attachant. Il me semble que le déchaînement médiatique actuel doit bien l’incommoder un peu. La littérature existe pour d’autres raisons.

Collaborateur

La première défaite

Santiago H. Amigorena