Les indésirables du Nouveau Monde

Le roman historique de Susan Glickman signale que toute cette fiction repose sur un événement historique inspirant, « mais plus ou moins documenté », soit un rapport de Jean-Victor Varin de La Marre, contrôleur de la marine au Canada. Nous sommes en 1738. Son supérieur immédiat, Gilles Hocquart, est intendant de la Nouvelle-France. Dans ce rapport destiné à Hocquart, Varin de la Marre atteste du séjour d’un an au Nouveau Monde de la jeune Esther Brandeau. Le Dictionnaire biographique du Canada note la légèreté de cette Esther Brandeau, dont la vie réelle apparaît en effet tel un vrai roman. On peut se faire une meilleure idée de cette « jeune juive née vers 1718 » en consultant  le www.biographi.ca.

S’il y avait des Chinois au Mexique dès les débuts de l’occupation coloniale, comme on le sait aujourd’hui, pourquoi n’y aurait-il pas eu des gens de partout et de toutes les confessions dans les Amériques placées sous influence européenne ? Cette fascination éprouvée aujourd’hui pour les origines religieuses multiples en Amérique en dit au moins autant sur le temps présent que sur le passé. Comme Susan Glickman, l’éditeur et écrivain André Vanasse vient de partir sur ces mêmes routes tortueuses de l’identité religieuse au Nouveau Monde dans son roman historique intitulé La flûte de Rafi (XYZ éditeur, 2013).

Pour bien établir la présence juive au Nouveau Monde, faudra-t-il en rechercher la confirmation grâce à des données croisées d’ADN, comme le proposent quelques projets ambitieux qu’évoque Susan Glickman dans ses remerciements ?

On peut en attendant reconsidérer notamment le cas connu d’Aaron Hart, marchand prospère, et de son fils Ezekiel. Élu à répétition par une population à majorité française au tout début du XIXe siècle, Ezekiel fut chassé de la Chambre au Parlement parce qu’un Juif ne pouvait y être admis. Il fut réélu quand même par la population des Trois-Rivières ! Les Juifs finirent officiellement par être acceptés au Parlement à partir de 1832.